Le favori du roi, moyennant un demi-million, avait décliné l'honneur que voulait lui faire son souverain en apposant sa signature à son contrat.
M. de Mauvillers avait coûté plus cher.
M. de Favereye, quoique dans une situation élevée, n'était pas d'aussi utile concours que le mari par lui rêvé. Ce caractère indépendant, se refusant à mendier les faveurs royales, cadrait mal avec ses ambitions. Ceci valait un million.
M. de Mauvillers le reçut, et en même temps réfléchit qu'il était parfois avantageux de se ménager un refuge dans le parti libéral, au cas où le vent politique viendrait à tourner.
D'ailleurs, il lui restait Mathilde, déjà recherchée par M. de Silvereal, et qu'il saurait bien forcer à un mariage qui remplissait, à ses yeux, toutes les conditions désirables.... A moins, bien entendu, qu'un autre million ne vînt modifier ses intentions.
Mademoiselle de Mauvillers devint la marquise de Favereye.
La fille de M. de Favereye mourut en donnant le jour à une fille qui, inscrite avec désignation de parents inconnus, fut ensuite reconnue par le marquis.
Comme ils avaient passé les premières années de leur mariage au fond de leurs propriétés de province, nul ne douta, au retour de la marquise, que Lucie ne fût sa fille.
Longtemps on avait redouté que la jeune Lucie ne portât en elle le germe de la terrible affection à laquelle avait succombé sa mère.
Mais les soins incessants de la marquise, l'affection dont elle avait entouré la pauvre enfant avaient conjuré le danger, et Lucie de Favereye était devenue l'adorable jeune fille que Martial aimait et dont le sort allait se décider.