Telle était donc la situation du marquis de Favereye et de sa femme, alors que nous les retrouvons dans le cabinet du magistrat:

—Ainsi, disait le marquis, cet homme a osé vous insulter!... Mais comment a-t-il pu connaître les faits qui se sont passés jadis aux gorges d'Ollioules?

La marquise ne pouvait répondre.

Comment aurait-elle pu deviner ce qui s'était passé, c'est-à-dire que le matin même, de Belen avait reçu un billet anonyme, émanant de Biscarre, et qui était ainsi conçu:

«Si monsieur le duc de Belen veut devenir l'époux de la belle Lucie de Favereye, qu'il demande à sa mère ce qu'est devenu l'enfant, né d'elle, aux gorges d'Ollioules, dans la nuit du 15 janvier 1822.»

L'honnête duc n'avait pas hésité à employer le moyen qui lui était offert. On sait comment le marquis l'avait chassé.

Le danger n'en subsistait pas moins.

Le misérable pouvait faire usage de ce secret: il pouvait provoquer un scandale. Certes, il était facile de prouver son identité avec le banquier Estremoz, et de le renverser du piédestal d'infamie sur lequel il se dressait fièrement.

Mais l'intervention même de la justice était un danger.

Ne se défendrait-il pas en insultant un des noms les plus vénérés de la magistrature française?... Reculerait-il devant ce nouveau crime?... Non.