Mais d'où venait pourtant que la Torrès restait songeuse? D'où venait qu'elle ne semblait écouter maintenant que d'une oreille distraite les suggestions de son conseiller?
Puis voici que tout à coup Mancal—c'est-à-dire l'empoisonneur Blasias—disparaissait violemment.
La duchesse, sans y prendre garde, respira largement, comme si un poids eût été enlevé à sa poitrine; en vérité, elle ne songeait plus ni à Silvereal, ni aux trésors des rois indiens.
Pour la première fois de sa vie, dans sa solitude égoïste, un nom errait sur ses lèvres.
Et ce nom était celui de Jacques de Cherlux.
Voyons maintenant comment de Belen avait tenu à l'égard de ce jeune homme la promesse par lui faite à Mancal dans le souterrain de la rue de Seine.
On n'a pas oublié que c'était muni d'une lettre de la duchesse de Torrès que Jacques s'était présenté chez celui qui devait être son protecteur et l'initier aux mystères de ce monde dans lequel il était appelé à prendre place.
Le comte Jacques de Cherlux avait été accueilli par M. de Belen avec une bienveillance qui, pour manquer de sincérité, n'en avait que mieux les dehors.
Le jeune homme était trop novice dans la vie pour distinguer cette nuance; puis, en réalité, il lui semblait marcher dans un rêve. C'était un étourdissement inconscient qui lui ôtait la conception nette de ce qui l'entourait. Parfois il lui semblait qu'il allait se réveiller, retomber dans cette existence humble où tout jusque-là lui avait été douloureux; alors il restait immobile, les yeux fixés devant lui, attendant cette transformation subite qui le replongerait dans le néant. Mais les minutes passaient, et il se disait:
—C'est donc bien vrai. Je suis riche, je suis noble... Le passé est bien mort, et devant moi s'ouvre l'avenir brillant....