Pourquoi le commit-elle?... C'était encore une expérience qu'elle tentait sur elle-même. Elle voulait savoir si elle aurait la force d'aller jusqu'aux dernières limites du mal. Blasias aidant, elle vit que tout lui était possible....
Et cette âme, qui se gangrenait de plus en plus, restait toujours froide; sa poitrine était comme un sépulcre où gisait un mort, qui était son coeur. Mort? non, il n'avait pas vécu.
Une seule fois, elle avait senti tout à coup une vibration étrange: on se souvient de cette aventure qui l'avait placée en face d'Armand de Bernaye.
C'était au moment où, dégoûtée de tout et d'elle-même, elle songeait par lassitude à devenir baronne de Silvereal et à s'ouvrir, par la mort de Mathilde—tant le crime lui semblait maintenant chose logique et facile—les portes de ces salons qui, malgré sa richesse, se fermaient devant le Ténia, veuve du duc de Torrès.
Donc elle vit Armand, qui l'écrasa de son mépris.
Elle sentit sourdre en elle une colère folle, et prit cette rage pour de l'amour. En vérité, elle se croyait de bonne foi lorsque, parlant à Mancal, elle lui répétait qu'elle aimait Armand.
Elle se trompait. Cependant, c'était un premier éveil. La lumière allait bientôt se faire dans cette âme obscure et, circonstance singulière, c'était de Mancal que devait lui venir la première clarté.
Lui montrant Jacques de Cherlux, il lui avait dit:
—Je veux que vous soyez aimée de cet homme!
Tout d'abord la Torrès avait souri. Qu'était-ce, après tout, qu'une victime de plus? Pour prix de sa complicité dans une oeuvre de haine et de vengeance, Mancal lui offrait des trésors immenses. L'enjeu était tentant, et Mancal semblait n'avoir pas menti, puisque des lèvres même de Silvereal s'était échappé l'aveu qui prouvait l'existence de ces mystérieuses richesses.