»—Le roi des Khmers! m'écriai-je.
»Mais en vain je réiterai ma question, je ne pus obtenir aucune explication précise.
»J'appris seulement que dans les ruines d'Ang-Kor-Wat un homme vivait qui portait le titre d'Eni—textuellement, roi du feu—qu'il était mort, et que l'enfant que j'avais sauvé était son fils!»
Encore une fois, Martial, le visage couvert d'une pâleur livide, s'était dressé sur ses pieds, comme si une commotion électrique eût frappé tout son être.
—Le Roi du Feu, s'écria-t-il. Ainsi se nommait l'homme qui vint jadis chez mon père....
—Je le sais, dit Armand; mais laissez-moi achever. L'Annamite semblait craindre que, par quelque nouvelle catastrophe, le fils de l'Eni ne fût frappé comme lui, et il me supplia de m'éloigner au plus vite avec l'enfant. Il était en proie à une exaltation épouvantée qui semblait tenir à quelque mystère religieux. Il mit un cheval à ma disposition, et je parvins à regagner la capitale. L'enfant était malade, une fièvre nerveuse mettait ses jours en danger. A ce moment, des lettres reçues de France me contraignirent à hâter mon départ; je ne voulus pas abandonner celui que j'avais miraculeusement sauvé. Il était pris pour moi d'une affection en quelque sorte farouche, et dans les moments de lucidité que lui laissait la fièvre qui le consumait, il se débattait contre des ennemis imaginaires. Je me décidai à l'emmener en France. Vous le connaissez tous, c'est l'homme dont le dévouement à mon égard ne s'est jamais démenti, c'est Soëra!»
—Mais ce vieillard assassiné, torturé! criait Martial en se tordant les mains avec angoisse.
—Nous allons savoir qui il était, dit Armand d'une voix grave. Martial, l'épreuve que nous allons tenter est terrible! Je crois que la révélation que je prévois va vous frapper au plus profond du coeur. Souvenez-vous que vous êtes homme et que vous avez besoin de votre énergie. Jurez-moi de rester calme. Archibald, et vous tous, mes amis, je vous supplie de veiller sur lui....
Thomerville vint à Martial, et, saisissant sa main entre les siennes:
—Courage! lui dit-il, et quoi qu'il arrive, n'oubliez pas que vous nous appartenez et que votre cause est la nôtre!...