—A mon tour de parler! s'écria Martial. Car c'est mon père qui a été frappé. C'est le pauvre vieillard, qui portait dans son cerveau l'avenir de la science et de l'humanité, qui a été assassiné lâchement, au milieu des plus épouvantables tortures; pas de pitié pour ces infâmes! Et si le bras de Soëra faiblit, c'est moi qui serai le vengeur!
Martial frémissait. Livide, les yeux étincelants, il était en proie à une effrayante surexcitation.
Archibald prit la parole:
—Plus que tout autre, dit-il, je comprends la douleur, la colère de ces deux hommes qu'un crime odieux a faits orphelins. Mais il nous faut d'abord comprendre que si les faits sont prouvés à nos yeux, la justice ne se pourrait contenter de ces témoignages.
—Eh! qui parle de la justice des hommes! s'écria Martial. Est-ce donc aux tribunaux que j'entends demander ma vengeance! Ces hommes ne sont-ils pas en dehors de l'humanité?
—Un mot, dit M. de Favereye.
Il se leva à son tour, et, devant cette physionomie empreinte de la solennité majestueuse de la justice, tous se turent.
—Il faut que ces hommes soient punis, dit-il. Mais ainsi qui vient de le dire M. de Thomerville, ce n'est pas en les traduisant devant les tribunaux que nous parviendrons à notre but. Où sont les preuves? où sont les témoins? Ces scènes effroyables se sont passées si loin de nous que toute enquête est impossible. Est-ce à dire qu'ils doivent jouir paisiblement du bénéfice de leurs crimes? Non. Le rôle du Club des Morts commence; il faut que dès aujourd'hui ils soient enserrés dans un cercle dont ils ne puissent plus s'échapper. Le duc de Belen n'est autre qu'Estremoz le voleur; Silvereal est l'ancien consul qui a forfait à son mandat. Ces deux faits sont clairs, faciles à établir. Qu'ils soient poursuivis, et le bagne s'ouvrira devant eux. C'est là ce que peut, contre ces bandits, la justice humaine; rien de plus.
Martial se tordait les mains.
Soëra, immobile, tourmentait de sa main crispée le manche du kriss passé à sa ceinture.