Telle était leur situation le jour où de Belen apprit, avec tout Paris, la disparition de Mancal.
C'était un coup imprévu et qui ne laissait pas de lui être pénible. En somme, il avait fait un marché de dupe, car il avait accueilli, piloté, présenté comme son protégé un homme qu'il ne connaissait pas... et la compensation qui lui avait été offerte devenait nulle.
De Belen, quelle que fût la sympathie passagère que lui avait inspirée Jacques de Cherlux, ne se sentait aucun goût pour le rôle de saint Vincent de Paul. Ce n'était point son affaire que de recueillir des enfants sans père....
Aussi à peine eut-il jeté les yeux sur le journal qui lui annonçait le sinistre de la maison Mancal, que, sans perdre une minute, il voulut vérifier par lui-même si le fait était exact.
Il courut à la boutique du faux Germandret; on se souvient que c'était le nom sous lequel s'était présenté le bandit, lorsqu'il avait surpris de Belen dans le souterrain de la rue de Seine.
Il y avait déjà plusieurs jours que le pseudo-bibliomane avait vendu ses livres et quitté la maison.
De Belen se fit conduire à la rue Louis-le-Grand. Les faits annoncés par le journal étaient absolument exacts. Il se mêla aux groupes qui stationnaient sur le trottoir.
C'étaient des imprécations, des cris de fureur. Les volés maudissaient celui qui les ruinait. Mais rien de plus. Pas un seul mot qui mît de Belen sur la piste.
Mais, encore une fois, à quel mobile pouvait avoir obéi cet homme?
—Je suis un enfant et un niais! murmura de Belen en revenant à son hôtel. Ma première idée était juste. Ce M. de Cherlux est un de ces aventuriers précoces qui trompent même les vieux renards comme moi... Il est temps de mettre un terme à cette mystification.