En attendant que Jacques eût trouvé une installation qui lui convînt, le duc avait mis obligeamment à sa disposition un appartement voisin du sien.
Dans cet étroit espace était réuni tout ce qui pouvait flatter la fantaisie la plus exigeante: c'était en quelque sorte un boudoir d'homme du monde.
Et Jacques trouvait une sorte de plaisir enfantin à rester quelquefois pendant des heures entières immobile, comme si tout ce qui l'entourait n'eût été qu'une vision que le moindre mouvement, le moindre souffle pouvait emporter.
Ce matin-là, Jacques s'était éveillé de bonne heure; mais il s'était plongé dans cette vague extase qui donne aux pensées un charme magique.
Les yeux à demi fermés, il poursuivait en imagination une forme vaporeuse et tout adorable qui s'enfuyait devant lui; puis, quand il l'appelait, elle s'arrêtait et se tournait vers lui en lui tendant les bras.
Celle à qui il pensait ainsi, c'était la duchesse de Torrès.
—Monsieur de Belen! annonça tout à coup le valet de chambre attaché au service de Jacques.
Le duc, pour lequel, on le comprend, cette introduction n'était qu'une formalité, était entré derrière le valet.
—Ah! mon cher ami, dit Jacques en riant, en vérité, j'ai honte de me trouver encore au lit... quand vous avez peut-être déjà brassé plus d'affaires, étudié plus de questions que je n'en connaîtrai dans toute ma vie... mais je suis un enfant... vous le savez... et je suis convaincu d'avance que vous ne me gronderez pas trop.
De Belen ne répondit pas tout d'abord: les yeux fixés devant lui, sans regarder Jacques, il étirait, par un mouvement nerveux qui lui était habituel, ses favoris qui accentuaient sa ressemblance avec le souverain régnant.