Martial se souvint tout à coup des liens qui unissaient Silvereal à madame de Favereye, c'est-à-dire à Lucie; il obéit et refoula en lui les sentiments prêts à déborder.
C'était en effet vers l'hôtel de M. de Belen que le commissaire de police—qui se nommait Duval—conduisait nos trois personnages. La porte de l'hôtel était gardée par une escouade de soldats requis au poste voisin.
Rappelons rapidement au lecteur les principales dispositions de cet hôtel, dans lequel nous l'avons déjà plusieurs fois introduit depuis le début de ce récit.
Les appartements du duc occupaient tout le vaste premier étage de l'hôtel.
Les salons de réception attenaient à une large et magnifique galerie, à l'extrémité de laquelle s'ouvrait le cabinet particulier du duc, pièce de moyenne dimension, encombrée de curiosités de toutes sortes empruntées aux civilisations orientales.
Enfin, derrière ce cabinet, une vaste serre, formant jardin d'hiver donnant sur les jardins, et faisant face au pavillon qu'avait occupé Jacques pendant quelque temps.
Chose étrange, Martial se souvenait maintenant que c'était dans cette maison qu'il avait tant souffert, alors que seul, dans une mansarde du dernier étage, il méditait son suicide.
Et il n'avait rien deviné! Sous le même toit que lui vivait l'assassin de son père, et un secret instinct ne l'avait pas guidé!
Le commissaire marchait en avant. Des agents étaient installés dans la galerie que nous avons vue resplendissante de lumières, résonnant des échos de l'orchestre—et qui maintenant, morne et sombre, semblait un immense sépulcre.
Les domestiques de M. de Belen, libres et cependant gardés à vue, s'étaient groupés au coin, parlant à voix basse.