Les deux hommes s'inclinèrent.

Ils étaient impatients de connaître les détails de cette étrange tragédie, qui venait, dans des circonstances si imprévues, dénouer une situation terrible.

M. Benoît était, si l'on s'en souvient, le suisse bienveillant qui avait défendu la mansarde de Martial contre les prétentions envahissantes de M. de Belen, propriétaire de l'immeuble.

C'était un gros homme, tout rond, confit en dignité, et qui, étant portier, considérait sa situation comme un sacerdoce.

Or son attitude même prouva, dès le début, que sa dignité avait reçu une forte atteinte.

Il s'avança, tête basse, rougeur au front. On avait assassiné son maître, et sa responsabilité lui paraissait d'autant plus engagée qu'il n'admettait pas qu'on pût s'introduire dans l'hôtel par une autre issue que la porte cochère.

—Que savez-vous? lui demanda M. Varnay. Je vous engage à être aussi bref et aussi clair que possible dans votre déposition et à éviter les détails inutiles.

M. Benoît fut froissé, mais il dissimula.

Il était d'ailleurs sous le coup d'une surprise réelle. La présence de Martial l'étonnait au plus haut point. La disparition du jeune homme «sentait mauvais,» ainsi qu'il avait souvent répété à l'épicier d'en face. Et ce n'était pas une mince stupéfaction que de le retrouver en pareille circonstance, admis par le juge d'instruction à faire partie d'une sorte de jury d'enquête.

Quoi qu'il en soit, M. Benoît ayant toussé et étant parvenu à placer commodément deux doigts entre les boutons de son gilet, commença ainsi: