Les deux magistrats échangèrent un regard. A voix basse, le substitut expliqua à M. Varnay que les papiers lui avaient été apportés dans la soirée par un employé du parquet, mais qu'absorbé par d'autres occupations, il n'avait pas eu le temps de les ouvrir.
Du geste, M. Varnay écarta les deux serviteurs.
Le substitut avait brisé le cachet et parcouru rapidement la lettre.
Voici ce qu'elle contenait:
«Monsieur le procureur du roi,
»Ayant été grossièrement insulté par un personnage que j'ai jadis accueilli chez moi, je crois devoir vous faire part des soupçons qu'il m'inspire. Il porte depuis quelque temps le nom de comte de Cherlux. Mais j'ai tout lieu de supposer que ce nom et ce titre ne lui appartiennent pas. En effet, après l'avoir accueilli, j'ai dû le chasser, car il a reçu chez moi le billet que je joins à cette lettre et sur lequel j'appelle votre attention.
»Ce prétendu comte de Cherlux—qui vit aux dépens d'une femme perdue, la duchesse de Torrès—appartient, selon toute apparence, à la bande célèbre que la police poursuit depuis si longtemps, la bande des Loups de Paris.
»Le nom de Mancal qui se trouve au bas du billet ci-joint n'est, m'a-t-on affirmé, qu'un des nombreux pseudonymes du bandit Biscarre.
»Je me tiens d'ailleurs à la disposition de M. le procureur du roi, pour lui fournir à ce sujet toutes explications qu'il jugera convenable de requérir.»
Cette lettre était signée du duc de Belen.