De Belen resta pensif. L'obscurité s'épaississait autour de lui.

—Mais cet oncle Jean?...

—Oh! c'est un brave homme... un peu dur... d'aucuns disent brutal... mais bon au fond... Il m'a élevé, il m'a nourri... sans lui je serais mort de faim et de misère... car j'étais seul au monde!... Vous connaissez mon histoire... ma pauvre mère est morte, délaissée....

—Par de Cherlux, j'ai connu votre père....

—Vous l'avez connu? Il ne vous avait jamais parlé de moi?

De Belen se souvenait d'avoir souvent rencontré ce Cherlux au temps de sa première splendeur; il l'avait vu rouler ensuite dans la ruine qui attend les débauchés, puis surgir de nouveau avec quelques centaines de mille francs: c'était tout.

—Mon père était-il estimé, respecté?...

—Il était riche, répondit de Belen, qui devenait philosophe.

—Vous voyez bien, monsieur, que je suis maudit... Partout, autour de moi, la honte, le mépris... Jusqu'à cet homme, ce Mancal, qui en tout ceci n'a été qu'un intermédiaire et dont l'infamie retombe sur moi....

De Belen était fort embarrassé. Malgré tout, il n'était pas convaincu. Il savait par expérience jusqu'où certains hommes peuvent pousser l'art de la comédie. Si celui-là était sincère, pourtant! Il y eut un silence, après lequel Jacques, s'étant levé, reprit: