L'officieux se précipita pour lui ouvrir la porte; seulement, quand il revint, il dit au capitaine de la troisième du deux avec lequel il avait quelque familiarité:

—On me dirait que celui-là va tuer quelqu'un que je ne dirais pas le contraire....

Cependant Jacques avait pris une résolution.

A tout prix, il voulait connaître le mot de l'énigme. Or, qui pouvait le lui révéler? D'abord l'oncle Jean, puis Dioulou, la Baleine, ou bien la Brûleuse. Par ces divers personnages, qu'il se faisait fort d'interroger adroitement, il saurait exactement la vérité sur son passé. Puis, cela fait, il se mettrait à la recherche de Mancal.

C'était un plan clair, et, pour l'exécuter, il était certain que l'énergie ne lui manquerait pas. Il se sentait au coeur une énergie nouvelle, ne comprenant pas qu'il y avait dans ses fibres nerveuses l'excitation malsaine de l'alcool. Quoi qu'il en fût, son but était fixé. Arriver par tous les moyens à la vérité, contraindre chacun à avouer ce qu'il pouvait savoir.

Ce Mancal! quel pouvait-il être? Que signifiait cette lettre bizarre et dont le sens réel lui échappait? On eût dit d'une complicité dans quelque oeuvre ténébreuse, quand, dans toute sa vie, il l'avait vu deux fois, d'abord rue Louis-le-Grand, ensuite chez la duchesse de Torrès.

Quand ce nom traversa sa pensée, il eut un frisson.

—Ah! ce n'était pas elle qui l'aurait entraîné dans ce gouffre où il se débattait. Le monde entier manquât-il sous ses pas, elle lui resterait comme l'ange de l'espoir.

Donc, tout d'abord chez l'oncle Jean. Il était singulier, d'ailleurs, qu'il ne l'eût pas revu depuis qu'il avait été introduit dans ce monde nouveau. Mais n'avait-il pas lui-même des reproches à s'adresser?

Dans les premiers jours de sa situation inespérée, il avait presque oublié l'homme qui l'avait élevé. Si l'oncle Jean n'était pas venu à l'hôtel de Belen, n'était-ce pas par discrétion? N'avait-il pas craint que la blouse du maçon ne fît tache au milieu de ce luxe?