Réfléchissant, Jacques, dont l'exaltation se calmait peu à peu, envisageait plus froidement sa situation. Il croyait comprendre qu'il était la victime d'un terrible malentendu, et l'énergie lui revenant, il se disait qu'il se devait à lui-même d'employer tous les moyens pour découvrir le mot de cette énigme.
Sa première pensée fut de se rendre au cabaret de l'Ours vert. Là, du moins, il verrait Diouloufait, qui pourrait le renseigner sur l'endroit où travaillait son oncle.
Il se sentait presque rassuré déjà en sentant qu'il allait retrouver ses anciens protecteurs. Ceux-là évidemment sauraient bien le défendre. Et puis, avant tout, ne pas être seul, c'est renaître à l'espérance. Mais cette première illusion devait être de courte durée.
Le cabaret avait complétement changé d'allures; quand Jacques arriva devant la maison, des ouvriers étaient occupés à recrépir la façade. La fameuse enseigne de l'Ours avait été décrochée et gisait sur le pavé. L'intérieur était encombré de maraîchers, de cultivateurs dont les allures ne rappelaient en rien celles des habitués de ce bouge.
Derrière le comptoir, dont le zinc brillait d'un éclat inconnu, un brave débitant, les bras retroussés, le tablier aux flancs, versait le vin blanc avec entrain.
Jacques hésita un instant.
Puis, se décidant, il s'approcha du comptoir:
—Monsieur, demanda-t-il poliment en soulevant son chapeau, est-ce que le cabaret a changé de propriétaire?
L'homme releva vivement la tête.
—Cabaret! cabaret!