Où se tuer? A domicile? Mais dans les maisons à cinquante locataires, tout vous dénonce, l'odeur du charbon, le soupçon de votre concierge. La bienveillance veille sur vous et interrompt trop souvent l'oeuvre achevée....

A l'époque où se passe notre récit, on était mieux maître de soi-même.

A partir du rond-point des Champs-Élysées, les passants étaient rares. Comme c'était l'hiver, ils passaient vite, bien enveloppés dans leurs paletots, et se souciaient fort peu d'examiner la physionomie de ceux qui montaient vers le bois.

A peine quelques voitures, lancées au grand trot des chevaux, sillonnaient l'avenue.

Jacques se plaisait à cette solitude. C'était bien ainsi qu'il voulait sortir de la vie. Sans que nul ne prît garde à lui, il arriva à la porte Maillot, et, tournant à droite, se trouva en face d'une sorte de café champêtre qui se trouvait là.

Comme il n'avait rien mangé depuis le matin, il se sentait faible. Il se dit qu'au moment décisif la force pouvait lui faire défaut. Quoiqu'il n'éprouvât aucune hésitation, il éprouvait une peur enfantine. Il craignait que l'arme appuyée contre sa tempe ne déviât, par manque de sûreté dans la main; il voulait mourir, mais non point être défiguré.

Il entra et demanda un léger repas. Comme il insista pour être servi en plein air, le garçon comprit ce dont il s'agissait. Il avait vu tant de ces aventures! Il hésita: car on n'était pas toujours sûr que le client payât sa note. Mais les allures de Jacques donnaient confiance. Ce devait être un désespoir d'amour... On pouvait attendre le dessert pour présenter l'addition.

Quand il eut achevé, Jacques paya son compte et remit un louis de pourboire au garçon.

Celui-ci crut devoir lui donner un renseignement:

—Si monsieur veut être bien tranquille, dit-il, monsieur suivra ce petit sentier pendant un petit quart d'heure, puis il tournera à gauche.