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Je terminai Thaïs, rue du Général-Foy, dans ma chambre, dont rien n'aurait troublé le silence, n'eût été la crépitation des bûches de Noël qui flambaient dans la cheminée.
A cette époque, je n'avais pas encore, comme je l'ai eu depuis, un monceau de lettres auxquelles il me fallait répondre; je ne recevais pas cette quantité de livres que je dois parcourir pour en remercier les auteurs; je n'étais pas absorbé, non plus, par ces incessantes répétitions; enfin, je ne menais pas encore cette existence que, volontiers, je qualifierais d'infernale, si je n'avais pris l'habitude de ne pas sortir le soir.
A six heures du matin, j'avais à recevoir la visite d'un masseur. Ses soins étaient réclamés par un rhumatisme dont je souffrais à la main droite. J'en avais quelque inquiétude.
A cette heure matinale, j'étais au travail depuis longtemps et ce praticien nommé Imbert et fort aimé de tous ses clients, m'apportait le bonjour d'Alexandre Dumas fils, de chez qui il sortait. Il avait rempli chez mon illustre confrère de l'Institut le même office, et lorsqu'il en venait, il me disait: «J'ai laissé le maître, ses bougies allumées, sa barbe faite, et confortablement installé dans son déshabillé de flanelle blanche.»
Un certain matin, il m'apporta ces quelques mots d'Alexandre Dumas répondant à un reproche que je m'étais permis de lui faire:
«Avouez que vous avez cru que je vous oubliais, homme de peu de foi!
«A. DUMAS.»
Le Christ n'aurait pas dit autre chose à ses disciples bien-aimés.
Entre temps, et ce me fut une distraction exquise, j'avais écrit le Portrait de Manon, acte délicieux de Georges Boyer, auquel je devais déjà la poésie: les Enfants.