Je fus l'objet, de la part du professeur chirurgien Pierre Duval et des docteurs Richardière et Laffitte, des soins les plus admirables et les plus dévoués.
J'étais là, environné d'un calme silencieux et comme enveloppé par une tranquillité dont j'appréciais tout le prix.
Mes plus chères amitiés venaient me rendre visite, chaque fois que l'autorisation leur en était donnée. Ma femme, tout inquiète, était accourue d'Égreville et m'apportait son affection la plus émue.
Je devais être sauvé au bout de quelques jours.
Le repos forcé imposé à mon corps n'empêchait cependant pas mon esprit de travailler.
Je n'attendis pas que le mieux se fît dans mon état pour m'occuper des discours que j'aurais à prononcer comme président de l'Institut et président de l'Académie des Beaux-Arts (double présidence qui m'était échue cette année) et enveloppé de glace, de mon lit, j'envoyais aussi mes instructions pour les futurs décors de Don Quichotte.
Enfin, je rentrai chez moi!
Revoir sa demeure, ses meubles; retrouver les livres qu'on aimait à feuilleter, tous ces objets qui caressaient vos yeux, vous rappelaient de chers souvenirs, et dont on s'était fait une habitude; revoir les êtres qui vous sont chers, ces serviteurs pleins d'attentions, ah! quelle joie! Et si vive fut cette joie qu'elle me causa une crise de larmes.
Et ces promenades que je faisais, encore tout chancelant, appuyé sur le bras de mon tendre frère, le général, et sur celui d'une amie bien chère, comme je les reprenais avec bonheur! Que j'étais heureux de promener ma convalescence à travers ces allées ombreuses du Luxembourg, au milieu des rires enjoués des enfants, de toute cette jeunesse qui y prenait ses ébats, parmi les claires chansons des oiseaux qui allaient sautillant de branche en branche, contents de vivre dans ce beau jardin, leur ravissant royaume!
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