L'opéra se terminait sur des applaudissements sympathiques, quand le régisseur vint pour annoncer les noms des auteurs. Au même moment, un chat traversait la scène; ce fut une cause nouvelle d'hilarité, et tellement grande, celle-ci, que les noms des auteurs ne furent pas entendus.
C'était jour de malchance. Deux aventures dans la même soirée pouvaient faire craindre que la pièce tombât! il n'en fut rien cependant, et la presse se montra vraiment indulgente; sa griffe, pour nous apprécier, se ganta de velours.
Théophile Gautier, à la fois grand poète et critique éminent, voulut bien déverser sur l'œuvre quelques-unes de ses étincelantes paillettes, témoignage de son évidente bienveillance.
La Grand'Tante était jouée en même temps que le Voyage en Chine, gros succès d'argent, je vécus quatorze soirs. J'étais dans le ravissement. Je ne me rendais pas compte encore que quatorze représentations, cela ne chiffrait guère.
La partition d'orchestre manuscrite (non gravée) disparut dans l'incendie de l'Opéra-Comique en 1887. Ce n'était pas une grande perte pour la musique, mais je serais heureux, aujourd'hui, de posséder ce témoignage de mes premiers pas dans la carrière. Il vous aurait intéressés, j'en suis sûr, mes chers enfants.
A cette époque, je donnais à Versailles des leçons dans une famille avec laquelle, actuellement encore, je suis liée. M'y rendant un jour, il arriva que je fus surpris par une forte averse. Cette pluie devait m'être favorable, vérifiant ainsi cet adage qu'«à quelque chose malheur est bon». J'attendais patiemment dans la gare qu'elle prît fin, lorsque je vis près de moi Pasdeloup, obligé d'attendre, lui aussi, que la pluie cessât.
Il ne m'avait jamais parlé. L'attente dans la gare, le mauvais temps, furent un prétexte facile et tout naturel à la conversation que nous eûmes ensemble. Sur sa demande si, au nombre de mes envois de Rome, je n'avais pas écrit une composition pour orchestre, je lui répondis que j'avais une suite d'orchestre en cinq parties (cette suite que j'avais écrite à Venise, en 1865); il me pria à brûle-pourpoint de la lui envoyer. Je la lui expédiai la même semaine.
J'ai un plaisir extrême à rendre hommage à Pasdeloup. Non seulement il m'aida généreusement dans cette circonstance, mais il a été le créateur génial des premiers concerts populaires, aidant ainsi puissamment à faire connaître la musique et à assurer son triomphe en dehors du théâtre.
Rue des Martyrs, un jour de pluie (la pluie toujours! Paris, en vérité, n'est pas l'Italie!), je rencontrai un de mes confrères, violoncelle à l'orchestre Pasdeloup. Tout en devisant avec lui, il me dit: «Nous avons lu, ce matin, une suite d'orchestre bien remarquable. Nous aurions voulu savoir le nom de l'auteur, mais il n'est pas sur les parties d'orchestre.»
A ces paroles, je bondis. J'y étais doublement excité. S'agissait-il, d'abord, d'une autre musique que la mienne, ou bien était-il question de moi?