CHAPITRE X
DE LA JOIE.—DE LA DOULEUR.
La première lecture d'ensemble de Marie-Magdeleine eut lieu un matin, à neuf heures, dans la petite salle de la maison Érard, rue du Mail, qui avait autrefois servi aux séances de quatuors.
Quelque matinale que fût l'heure fixée, la bonne Mme Viardot l'avait devancée, tant elle avait hâte d'entendre les premières notes de l'ouvrage. Mes autres interprètes arrivèrent peu d'instants après.
Édouard Colonne conduisait les répétitions d'orchestre.
Mme Viardot s'intéressa vivement à la lecture. Elle la suivit en artiste très au courant de la composition. Chanteuse et tragédienne lyrique remarquable, elle était plus qu'une artiste, une grande musicienne, une femme merveilleusement douée et tout à fait supérieure.
Le 11 avril, la salle de l'Odéon avait reçu le public habituel des répétitions générales et des premières. Le théâtre avait ouvert ses portes au Tout-Paris, toujours le même, composé d'une centaine de personnes pour qui être de «la première» ou de «la générale» semble le privilège le plus enviable.
La presse y assistait également.
Quant à moi, j'étais réfugié dans les coulisses avec mes interprètes très émus. Il semblait, dans leur émotion, qu'ils fussent appelés à faire prononcer sur moi une sentence suprême, que c'était un vote qu'ils allaient exprimer d'où dépendrait le sort de ma vie!
Je ne me rendis aucun compte de ce que pouvait être l'impression de la salle. Comme je devais partir avec ma femme, le lendemain, pour l'Italie, je n'eus pas de nouvelles immédiates.
Le premier écho de Marie-Magdeleine ne devait m'arriver qu'à Naples. Ce fut sous la forme touchante d'une lettre que m'adressait le toujours si bon Ambroise Thomas.