La magnifique salle de l'Opéra avait été inaugurée seize mois auparavant, le 5 janvier 1875, et la critique avait cru devoir s'attaquer à l'acoustique de ce merveilleux théâtre, construit par l'homme le plus exceptionnellement compétent que les temps modernes aient connu. Il est vrai que cela ne devait guère durer, car lorsqu'on parle de l'œuvre d'une si haute magnificence de Charles Garnier, c'est par ces mots éloquents dans leur simplicité qu'on s'exprime: Quel bon théâtre! La salle, évidemment, n'a pas changé, mais bien le public qui rend à Garnier un légitime et juste hommage!

CHAPITRE XII
THÉÂTRES D'ITALIE

Les représentations du Roi de Lahore à l'Opéra se succédaient, très suivies et très belles. C'était, du moins, ce que j'entendais dire, car je n'allais déjà plus au théâtre.

Je quittai de très bonne heure Paris, où je consacrais, ainsi que je l'ai dit, mon temps aux leçons, et je retournai à la campagne, travailler à la Vierge.

J'appris, sur ces entrefaites, que le grand éditeur italien Giulio Ricordi, qui avait entendu le Roi de Lahore à l'Opéra, s'était mis d'accord avec Hartmann pour le faire représenter en Italie.

Pareil fait était réellement unique, alors que les ouvrages traduits en italien et joués dans ce pays étaient ceux des grands maîtres. Ils devaient même parfois attendre assez longtemps leur tour, tandis qu'il m'arrivait, à moi, la bonne fortune de voir jouer le Roi de Lahore au lendemain de ses premières représentations.

Le premier théâtre d'Italie où m'échut cet honneur fut le Regio, à Turin.

Revoir l'Italie, connaître ses théâtres autrement que par leurs façades, pénétrer dans leurs coulisses, quel bonheur inespéré! J'en éprouvais un enchantement indicible dans lequel je vécus pendant les premiers mois de 1878.