CHAPITRE XIII
LE CONSERVATOIRE ET L'INSTITUT
J'avais reçu l'avis officiel de ma nomination comme professeur au Conservatoire. Je partis pour Paris. Pouvais-je me douter que c'était sans espoir d'y revenir que je disais adieu à ma chère demeure de Fontainebleau?
La vie qui s'annonçait pour moi allait prendre mes étés de travail au sein d'une douce et paisible solitude, ces étés que je passais si heureux, loin des bruits et du tumulte de la ville.
Si les livres ont leur destinée (habent sua fata libelli), comme dit le poète, chacun de nous ne poursuit-il pas la sienne, également fatale, inéluctable? On ne remonte pas le courant. Il est doux de le suivre, surtout s'il doit vous mener aux rivages espérés!
Je donnais, deux fois par semaine, mes cours au Conservatoire, le mardi et le vendredi, à une heure et demie.
Vous l'avouerai-je? J'étais heureux et fier en même temps de m'asseoir sur cette chaise, dans cette même classe où, enfant, j'avais reçu les conseils et les leçons de mon maître. Mes élèves... je les considérais comme d'autres nouveaux enfants, plutôt encore comme des petits-enfants dans lesquels pénétrait cet enseignement reçu par moi et qui semblait filtrer à travers les souvenirs du maître vénéré qui me l'avait inculqué.
Les jeunes gens auxquels j'avais affaire semblaient presque de mon âge, et je leur disais, en manière d'encouragement, pour les exhorter au travail: «Vous n'avez qu'un camarade de plus, qui tâche d'être aussi bon élève que vous!»
Il était touchant de voir la déférente affection que, depuis le premier jour, ils me témoignaient. Je me sentais tout heureux lorsque, parfois, je les surprenais dans leurs chuchotements, se racontant leurs impressions sur l'ouvrage joué la veille ou qui devait se jouer le lendemain. Cet ouvrage était, au début de mon professorat, le Roi de Lahore.
Je devais continuera à être ainsi, pendant dix-huit ans, l'ami et le «patron», ainsi qu'ils m'appelaient, d'un nombre considérable de jeunes compositeurs.