Qu'il me soit permis de rappeler, tant j'en éprouvais de joie, les succès qu'ils remportaient, chaque année, dans les concours de fugue, et combien cet enseignement me fut utile à moi-même. Il m'obligeait à être le plus habile à trouver rapidement, devant le devoir présenté, ce qu'il fallait faire selon les préceptes rigoureux de Cherubini.
Quelles douces émotions n'ai-je point ressenties pendant ces dix-huit années, où, presque annuellement, le grand-prix de Rome fut décerné à un élève de ma classe! Comme il me tardait alors d'aller au Conservatoire, chez mon maître, lui en rapporter tout l'honneur!
Je revois encore aussi le soir, dans son paisible salon, dont les fenêtres donnaient sur la cour déserte, à ce moment-là, du Conservatoire, le bon administrateur général, Émile Réty, m'écoutant lui raconter mon bonheur d'avoir assisté aux succès de mes enfants.
Je fus, il y a quelques années, l'objet d'une touchante manifestation de leur part.
Au mois de décembre 1900, je vis un jour arriver chez mon éditeur, où l'on savait me rencontrer, Lucien Hillemacher, disparu depuis, hélas! qu'accompagnait un groupe d'anciens grands-prix. Il venait me remettre plus de cent cinquante signatures tracées sur des feuilles de parchemin par mes anciens élèves. Ces feuilles étaient réunies sous forme de plaquette in-8º, reliée avec luxe en maroquin du Levant constellé d'étoiles. Les pages de garde portaient, dans de brillantes enluminures, avec mon nom, ces deux dates: 1878-1900. Les signatures étaient précédées des lignes suivantes:
«CHER MAITRE,
«Heureux de votre nomination de grand-officier de la Légion d'honneur, vos élèves se réunissent pour vous offrir ce témoignage de leur profonde et très affectueuse reconnaissance.»
Les noms des grands-prix de l'Institut qui me prouvaient ainsi leur gratitude étaient ceux de: Hillemacher, Henri Rabaud, Max d'Ollone, Alfred Bruneau, Gaston Carraud, G. Marty, André Floch, A. Savard, Crocé-Spinelli, Lucien Lambert, Ernest Moret, Gustave Charpentier, Reynaldo Hahn, Paul Vidal, Florent Schmitt, Enesco, Bemberg, Laparra, d'Harcourt, Malherbe, Guy Ropartz, Tiersot, Xavier Leroux, Dallier, Falkenberg, Ch. Silver, et tant d'autres chers amis de la classe!
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Ambroise Thomas, voyant que je ne pensais pas à me présenter à l'Institut, ainsi qu'il m'avait fait l'honneur de me le conseiller, voulut bien me prévenir que j'avais encore deux jours pour envoyer la lettre posant ma candidature à l'Académie des Beaux-Arts. Il me recommandait de la faire courte, ajoutant que le rappel des titres n'était nécessaire que lorsqu'on pouvait les ignorer. La remarque judicieuse froissait un peu ma modestie...