Un détail assez amusant, qui me fut conté plus tard, est celui-ci:
La foule était considérable au dehors et comme elle continuait toujours à vouloir entrer, malgré les protestations bruyantes des personnes déjà placées, Gounod cria à haute voix et de manière à être bien entendu: «Je commencerai quand tout le monde sera sorti!» Cette apostrophe ahurissante fit merveille. Les groupes qui avaient envahi l'entrée et les abords de l'Hippodrome reculèrent. Ils se retirèrent comme par enchantement.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Le 20 mai 1880 eut lieu, à l'Opéra, le second des Concerts historiques créés par Vaucorbeil, alors directeur de l'Académie nationale de musique.
Il y fit exécuter ma légende sacrée: La Vierge. Mme Gabrielle Krauss et Mlle Daram en furent les principales et bien splendides interprètes.
Rappelez-vous, mes chers enfants, que lorsque je vous ai parlé de cet ouvrage, je faisais entendre qu'il avait laisse dans ma vie un souvenir plutôt pénible.
L'accueil fut froid; seul un fragment parut satisfaire le nombreux public qui remplissait la salle. On redemanda jusqu'à trois fois ce passage qui, depuis, est au répertoire de beaucoup de concerts: le prélude de la quatrième partie, le Dernier Sommeil de la Vierge.
Quelques années plus tard, la Société des Concerts du Conservatoire donnait, à deux reprises, la quatrième partie, entière, de la Vierge. Mlle Aïno Ackté fut vraiment sublime dans l'interprétation du rôle de la Vierge.
Ce succès fut pour moi la plus complète des satisfactions, j'allais dire la plus précieuse des revanches.