Cette fois, comme toujours, par la suite, j'avais eu raison d'attendre de prendre le temps de choisir l'artiste qui devait vivre mon œuvre.
Le lendemain de cette audition, Carvalho signait l'engagement.
L'année suivante, après plus de quatre-vingts représentations consécutives, j'apprenais la mort de Marie Heilbronn!...
...Ah! qui dira aux artistes combien fidèles nous sommes à leur souvenir, combien nous leur sommes attachés, le chagrin immense que nous apporte le jour de l'éternelle séparation.
Je préférai arrêter l'ouvrage plutôt que le voir chanté par une autre.
A quelque temps de là, l'Opéra-Comique disparaissait dans les flammes. Manon fut arrêtée pendant dix années. Ce fut la chère et unique Sibyl Sanderson qui reprit l'ouvrage à l'Opéra-Comique. Elle joua la 200e.
Une gloire m'était réservée pour la 500e. Ce soir-là, Manon fut chantée par Mme Marguerite Carré. Il y a quelques mois, cette captivante et exquise artiste était acclamée le soir de la 740e représentation.
Qu'on me permette de saluer, en passant, les belles artistes qui tinrent aussi le rôle. J'ai cité Mlles Mary Garden, Géraldine Farar, Lina Cavalieri, Mme Bréjean-Silver, Mlles Courtenay, Geneviève Vix, Mmes Edvina et Nicot-Vauchelet, et combien d'autres chères artistes encore!... Elles me pardonneront si leur nom, à toutes, n'est pas venu en ce moment sous ma plume reconnaissante.
Le théâtre italien (saison Maurel) venait, quinze jours après la première représentation de Manon, comme je l'ai déjà dit, de jouer Hérodiade avec les admirables artistes: Fidès Devriès, Jean de Reszké, Victor Maurel, Édouard de Reszké.
Tandis que j'écris ces lignes en 1911, Hérodiade continue sa carrière au Théâtre-Lyrique de la Gaîté (direction des frères Isola), qui, en 1903, avait représenté cet ouvrage avec la célèbre Emma Calvé. Le lendemain de la première d'Hérodiade à Paris, je recevais ces lignes de notre illustre maître Gounod: