La semaine même de cette entrevue, je dînai avec Mme Massenet chez M. et Mme Alphonse Daudet. Les convives étaient, avec nous, Edmond de Goncourt et l'éditeur Charpentier.
Le dîner fini, Daudet m'annonça qu'il allait me faire entendre une jeune artiste «la Musique même», disait-il. Cette jeune fille n'était autre que Marie Delna! Aux premières mesures qu'elle chanta (l'air de la Reine de Saba, de notre grand Gounod) je me retournai vers elle, et lui prenant les mains:
—Soyez Charlotte! notre Charlotte! lui dis-je, transporté.
Au lendemain de la première représentation qui eut lieu à l'Opéra-Comique, à Paris, en janvier 1893, je reçus ce mot de Gounod:
«CHER AMI,
«Toutes nos félicitations bien empressées pour ce double triomphe dont nous regrettons que les premiers témoins n'aient pas été des Français.»
Ces lignes si touchantes et si pittoresques à la fois me furent aussi envoyées par l'illustre architecte de l'Opéra:
«AMICO MIO,
Deux yeux pour te voir,
Deux oreilles pour t'entendre,
Deux lèvres pour t'embrasser,
Deux bras pour t'enlacer,
Deux mains pour t'applaudir,
et Deux mots pour te faire tous mes compliments et te dire que ton Werther est joliment tapé,—savez-vous? Je suis fier de toi et de ton côté ne rougis pas d'un pauvre architecte tout content de toi.