Cette leçon fut troublée par quelques signes d'une insolente désapprobation. Les individus qui se les permirent, soulevèrent l'indignation de tout l'auditoire; reconnus à la sortie du cours, ils furent poursuivis par les huées de la foule.
Le mercredi suivant, M. Quinet, dans une leçon qui restera, établit notre droit, le droit de la liberté du professeur. Les journaux se déclarèrent successivement pour nous (le National et le Constitutionnel, le 5 mai; les Débats, le 13; la Revue des deux Mondes, le 15; le Courrier, le 17; la Revue indépendante, le 25). Le Siècle reproduisit les leçons de M. Quinet, et les miennes.
Une nouvelle revue dont le premier numéro parut le 15 mai, en donna des extraits (Journal de la liberté religieuse, dirigé par M. Goubault); des fragments considérables furent insérés par divers journaux des départements et de l'étranger: Journal de Rouen, Écho de Vésone, Courrier de Lyon, Espérance, Helvétie, Courrier Suisse, etc., etc.
Le jeudi 11 mai, plusieurs de mes collègues et de mes plus illustres amis, français et étrangers, voulurent, en quelque sorte, protester par leur présence contre ces indignes attaques, et me firent l'honneur d'entourer ma chaire.
IIIe LEÇON.
ÉDUCATION, DIVINE, HUMAINE. Éducation contre nature.
[11 mai 1843.]
Dans une vie déjà avancée, solitaire et laborieuse, je trouve, en regardant derrière moi, une compensation très-douce à ce qui a pu me manquer.
C'est qu'il m'a été donné autant qu'à aucun homme de ce temps, de contempler dans l'histoire un mystère vraiment divin.
Je ne parle pas du spectacle des grandes crises dramatiques qui semblent les coups d'état de Dieu... Je parle de l'action douce, patiente, souvent à peine sensible, par laquelle la Providence prépare, suscite et développe la vie, la ménage et la nourrit et va la fortifiant. (Rumeurs, interruption.)
J'atteste mes illustres amis, historiens de l'humanité ou de la nature, que je vois dans cette enceinte, je leur demande si la plus haute récompense de leurs travaux, leur meilleure consolation dans les fortunes diverses, n'a pas été la contemplation de ce que nous pouvons appeler la maternité de la Providence.
Dieu est une mère... Cela est sensible pour qui voit avec quel ménagement, il met les plus grandes forces à la portée des êtres les plus faibles... Pour qui ce travail immense, ce concours des éléments, ces eaux venues des mers lointaines, et cette lumière de trente millions de lieues? Quel est ce favori de Dieu devant lequel la nature s'empresse, se modère et retient son souffle?... C'est un brin d'herbe des champs.