[27] Que de faits je pourrais citer! en voici un, qui mérite d'être sauvé de l'oubli. A la bataille de Wagram, une des batteries de la garde impériale se trouva établie pour quelques moments sur un champ couvert de blessés ennemis; l'un d'eux, qui souffrait horriblement de sa blessure, de la soif et de la chaleur, criait aux Français de l'achever; furieux de n'être pas compris (il parlait hongrois), il se traîne vers une arme chargée, et il essaie de la tirer sur les canonniers; l'officier français lui ôta l'arme des mains, et suspendit quelques habits à un faisceau de fusils pour lui faire de l'ombre.—Cet officier était M. Fourcy-Gauduin, capitaine de l'artillerie de la garde, excellent historien de l'École polytechnique, qui a fait des poésies charmantes à travers ces guerres terribles et sur tous les champs de bataille de l'Europe. Il a cette simple épitaphe à notre cimetière du midi: Hinc surrecturus. Et plus bas: Stylo et gladio meruit. Les deux premiers mots, si nobles et si chrétiens, sont ceux qu'il avait lui-même écrits sur la tombe de sa mère. [Hinc surrectura!]

[28] Même développement dans les sciences; dès le commencement du siècle, je vois travailler en face, à l'occasion de nos grandes luttes, et travailler néanmoins en parfait accord, les chimistes de la France, les mécaniciens de l'Angleterre, tous tirant du sein de la nature des forces merveilleuses, qui pour avoir été cherchées sous l'inspiration de la guerre, n'en restent pas moins pour toujours la pacifique possession de l'humanité.

[29] Voir la liste dans l'Apologie (par le jésuite Cérutti), p. 292-310: Historiens, Bougeant, Duhalde, Strada, Charlevoix, Maimbourg, etc. Érudits, Pétau, Sirmond, Bollandus, Gaubil, Parennin, etc. Littérateurs, Bouhours, Rapin, La Rue, Jouvency, Vanière, Sanadon, etc. Beaucoup d'hommes de science et de mérite; pas un homme de génie.—Ce qu'ils ont à dire, c'est qu'étant venus aux temps du combat, ayant mené généralement une vie d'action, ils ont plus agi que créé, et qu'il faut moins examiner leurs monuments que leurs actes... Eh bien! leur action a-t-elle été vraiment féconde? Nous répondrons non, sans hésiter, même pour les missions. Voyez la leçon de M. Quinet.

[30] Le Poussin n'aimait ni les Jésuites, ni la peinture des Jésuites. Il disait sèchement à ceux qui lui reprochaient de représenter Jésus-Christ sous une figure trop austère: «Que notre Seigneur n'avait pas été un père douillet

[31] L'ordre tout entier est un historien, un biographe infatigable, un laborieux archiviste. Il raconte, jour par jour, à son général, tout ce qui se passe au monde.

[32] Tout ce qu'on trouve dans ce livre d'emprunté au moyen âge, y prend un caractère moderne, souvent très-opposé à l'ancien esprit. Ce qui y règne, c'est un esprit scribe, une manie réglementaire infinie, une curiosité gouvernementale qui ne s'arrête jamais, qui voudrait voir, atteindre le fond par delà le fond. De là, les raffinements inouïs de leur casuistique, et ce triste courage de soulever et décomposer la boue, au risque d'embourber encore plus...—Au total: petit esprit, subtil et minutieux, mélange bâtard de bureaucratie et de scolastique... Plus de police que de politique.

[33] Police et contre-police. Le confesseur même espionné par sa pénitente, qu'on lui envoie parfois pour lui faire des questions insidieuses! une femme, servant tour à tour d'espion à deux hommes jaloux l'un de l'autre... Enfer sous l'enfer!.. Où est le Dante qui aurait trouvé cela?.. La réalité est bien plus vaste et plus terrible que toute imagination!...—Ce genre d'espionnage n'est pas dans la règle, mais dans la pratique.

[34] Et ils en ont rendu certainement, dans cet entr'acte des études, l'éducation scolastique ayant fini, et l'éducation moderne n'ayant pas commencé. Néanmoins leur méthode, même en ce qu'elle a de judicieux, est gâtée par le petit esprit, par les divisions excessives de temps et d'études diverses; tout est coupé mesquinement: un quart d'heure pour quatre lignes de Cicéron, un autre quart d'heures pour Virgile, etc. Ajoutez leur manie d'arranger les auteurs, d'y mêler même leur style, d'habiller les anciens en Jésuites, etc.

[35] Institutum Soc. Jes., II; 114, éd. Prag. in-folio. Rien n'a changé dans l'éducation des Jésuites. Tout ce que j'avais lu dans l'Intérieur de Saint-Acheul, par un de ses élèves, m'a été confirmé par des élèves de Brugelete, de Brieg et de Fribourg.

[36] Voir spécialement ce que j'ai dit sur la Saint-Barthélemi, Précis de l'Histoire moderne, au bas de la p. 141, édition de 1827.