«Autrefois, le pape était extrêmement orgueilleux, et méprisait tout le monde. Le cardinal-légat Caietano me dit à Augsbourg: «Quoi! tu crois que le pape se soucie de l'Allemagne? Le petit doigt du pape est plus puissant que tous vos princes.»—«Quand on présenta au pape mes premières propositions sur les indulgences, il dit: «C'est d'un Allemand ivre, laissez-le se dégriser, et il parlera autrement.» C'est avec ce ton de raillerie qu'il méprisait tout le monde.»
Luther ne fut point en reste avec les Italiens; il leur rendit énergiquement leur mépris. «Si ce Sylvestre ne cesse de me provoquer par ses niaiseries, je mettrai fin au jeu, et lâchant la bride à mon esprit et à ma plume, je lui montrerai qu'il y en a, en Allemagne, qui comprennent ses ruses et celles de Rome; et Dieu veuille que cela vienne bientôt! Depuis trop long-temps, les Romains, avec leurs jongleries, leurs tours et leurs détours, s'amusent de nous comme de niais et de bouffons.» (1er septembre 1518.)
«Je suis charmé que Philippe (Mélanchton) ait éprouvé par lui-même le génie des Italiens. Cette philosophie ne veut croire qu'après expérience. Pour moi, je ne pourrais plus me fier à aucun Italien, pas même au confesseur de l'Empereur. Mon Caietano m'aimait d'une telle amitié, qu'il aurait voulu verser pour moi tout le sang qui coule dans..... mes veines. Ce sont des drôles. L'Italien, quand il est bon, est très bon; mais c'est un prodige qui ressemble beaucoup à celui du cygne noir.» (21 juillet 1530.)
«Je souhaite à Sadolet de croire que Dieu est le père des hommes, même hors de l'Italie; mais les Italiens ne peuvent se mettre cela dans l'esprit.» (14 octobre 1539.)
«Les Italiens, dit Hutten, qui nous accusaient d'être impuissans à produire ce qui demande du génie, sont forcés d'admirer aujourd'hui notre Albert Durer, si bien que, pour mieux vendre leurs ouvrages, ils les marquent de son nom. (Hutten, III, 76.)
[a10] Page 29, ligne 1.—Fra Luther est un beau génie...
Bien avant 1523, le seigneur Conrad Hofmann engageait l'archevêque de Mayence à pourvoir aux affaires de la religion, de crainte qu'il ne s'élevât un grand incendie. Il répondit: «C'est une affaire de moines, ils l'arrangeront bien eux-mêmes.»
[a11] Page 32, ligne 5.—Ce prince, par intérêt pour sa nouvelle université...
L'université de Wittemberg écrivit à l'Électeur, lui demandant sa protection pour le plus illustre de ses membres. (p. 55, Seckendorf.) La célébrité croissante de Luther amenait à Wittemberg un concours immense d'étudians. Luther dit lui-même: Studium nostrum more formicarum fervet. Un auteur presque contemporain écrit: «J'ai appris de nos précepteurs que des étudians de toutes nations venaient à Wittemberg pour entendre Luther et Mélanchton; sitôt qu'ils apercevaient la ville, ils rendaient grâces à Dieu, les mains jointes; car de Wittemberg, comme autrefois de Jérusalem, est sortie la lumière de la vérité évangélique, pour se répandre de là jusqu'aux terres les plus lointaines. (Scultetus in annalibus, an 1517, p. 16, 17. Cité par Seckendorf, p. 59.)
Toutefois, la protection de l'Électeur n'était point très généreuse. «Ce que je t'ai déjà dit, mon cher Spalatin, je te le dis et te le répète encore: cherche bien à savoir si c'est l'intention du prince que cette académie s'écroule et périsse. J'aimerais fort à le savoir, pour ne pas retenir inutilement ceux que chaque jour on appelle ailleurs. Ce bruit s'est déjà tellement accrédité, que ceux de Nuremberg sollicitent pour faire venir Mélanchton, tant ils sont persuadés, que cette école est désertée. Tu sais cependant qu'on ne peut ni ne doit contraindre le prince.» (1er novembre 1524.)