«Luther disait qu'on devait se contenter de mépriser ce misérable Campanus et ne point écrire contre lui. Alors Mélanchton se mit à dire que son avis était qu'on devait le pendre, et qu'il en avait écrit à son maître l'Électeur.
«Campanus croit savoir plus de grec que Luther et que Pomer. Le chrétien est, selon lui, un homme parfait et infaillible; il fait de l'homme une bûche, comme les stoïciens. Si nous ne sentions aucun combat en nous, je ne voudrais pas donner un liard de toutes les prédications et des sacremens.» (Tischreden, p. 283.)
Zwingli ose dire: «Nous voulons dans trois ans avoir dans notre parti la France, l'Espagne et l'Angleterre.—*** introduit ses livres sous notre nom de Suisse en France, de sorte que plusieurs villes en sont infectées... J'ai plus d'espérance dans ceux de Strasbourg.»
«Œcolampade était d'abord un brave homme; mais il a pris ensuite de l'amertume et de l'aigreur. Zwingli a été un homme gai et aimable, et pourtant il est devenu triste et sombre.» (Tischreden, p. 283.)
«Après avoir entendu Zwingli à la conférence de Marbourg, je l'ai jugé un homme excellent, ainsi qu'Œcolampade... J'ai été très affligé de te voir publier le livre de Zwingli au roi très chrétien, avec force louanges pour ce livre, tandis que tu savais qu'il contenait beaucoup de choses qui ne me déplaisent pas seulement à moi, mais à tous les gens pieux. Non que j'envie l'honneur qu'on rend à Zwingli, dont la mort m'a causé tant de douleur, mais parce qu'aucune considération ne doit porter préjudice à la pureté de la doctrine.» (14 mai 1538.)
[a69] Page 208, ligne 10.—Je connais assez l'iniquité de Bucer...
«Maître Bucer se croyait autrefois bien savant; il ne l'a jamais été, car il écrit dans un livre que tous les peuples ont une seule religion et sont ainsi sauvés. Certes, cela s'appelle extravaguer.» (Tischreden, p. 184.)
«On apporta au docteur Luther un grand livre qu'avait écrit un Français nommé Guillaume Postellus, sur l'Unité dans le Monde. Il s'y donnait beaucoup de peine pour prouver les articles de la foi par la raison et la nature, afin de pouvoir convertir les Turcs et les juifs et amener tous les hommes à une même foi. Le docteur dit à ce sujet: «C'est prendre trop pour un morceau. On a déjà écrit de pareils livres sur la théologie naturelle. Il en est advenu à cet auteur selon le proverbe: Les Français ont peu de cervelle. Il viendra encore des visionnaires qui entreprendront d'accorder tous les genres d'idolâtrie avec une apparence de foi et de l'excuser ainsi.» (Tischreden, 68, verso.)
Bucer essaya plusieurs fois de se rapprocher de Luther. «Je puis bien pour ce qui me regarde user de patience avec vous, lui écrivit Luther, et croire que vous ne pouvez revenir si brusquement; mais j'ai dans le pays de grandes multitudes d'hommes (comme vous l'avez vu à Smalkalde) que je ne tiens pas tous dans la main. Nous ne pouvons souffrir, en aucune manière, que vous prétendiez n'avoir point erré, ou que vous disiez que nous ne nous sommes point entendus. Le meilleur pour vous serait ou d'avouer franchement, ou de garder le silence en enseignant désormais la bonne doctrine. Il y en a de notre côté qui ne peuvent souffrir vos détours, comme Amsdorf, Osiander, et encore d'autres.» (1532.)
Il y eut après la révolte des anabaptistes, 1535, de nouvelles tentatives pour réunir les églises réformées de Suisse, d'Alsace et de Saxe dans une même confession. Luther écrit à Capiton (Kœpstein), ami de Bucer et ministre de Strasbourg: «Ma Catherine te remercie de l'anneau d'or que tu lui as envoyé. Je ne l'ai jamais vue plus fâchée que quand elle s'est aperçue qu'on le lui avait volé, ou qu'elle l'avait perdu par négligence, ce que je ne puis croire, quoiqu'elle le répète sans cesse. Je lui avais persuadé que ce don lui était envoyé comme un heureux gage de la concorde future de votre église avec la nôtre: la pauvre femme est tout affligée.» (9 juillet 1537.)