«Aux chrétiens de la Hollande, du Brabant et de la Flandre (à l'occasion du supplice de deux moines augustins, qui avaient été brûlés à Bruxelles).

«... Oh! que ces deux hommes ont péri misérablement! Mais de quelle gloire ils jouiront auprès du Seigneur! c'est peu de chose d'être outragé et tué par le monde pour ceux qui savent que leur sang est précieux, et que leur mort est chère à Dieu, comme disent les psaumes (116, 15). Qu'est-ce que le monde comparé à Dieu?... Quelle joie, quelles délices les anges auront-ils ressenties, en voyant ces deux âmes! Dieu soit loué et béni dans l'éternité, de nous avoir permis, à nous aussi, de voir et entendre de vrais saints, de vrais martyrs, nous qui jusqu'ici avons adoré tant de faux saints! Vos frères d'Allemagne n'ont pas encore été dignes de consommer un si glorieux sacrifice, quoique beaucoup d'entre eux n'aient pas été sans persécutions. C'est pourquoi, chers amis, soyez allègres et joyeux dans le Christ, et tous, rendons-lui grâce des signes et miracles qu'il a commencé d'opérer parmi nous. Il vient de relever notre courage par de nouveaux exemples d'une vie digne de lui. Il est temps que le royaume de Dieu s'établisse, non plus seulement en paroles, mais en actions et en réalité...» (juillet 1523.)

«La noble dame Argula de Staufen, soutient sur cette terre un grand combat; elle est pleine de l'esprit, de la parole et de la science du Christ. Elle a envahi de ses écrits l'académie d'Ingolstad, parce qu'on y avait forcé un jeune homme, nommé Arsacius, à une honteuse révocation. Son mari, qui est lui-même un tyran, et qui a maintenant perdu une charge à cause d'elle, hésite sur ce qu'il doit faire. Elle, elle est au milieu de tous ces périls avec une foi forte, mais, ainsi qu'elle me l'écrit elle-même, non pas sans que son cœur s'effraie. Elle est l'instrument précieux du Christ; je te la recommande, afin que le Christ confonde par ce vase infirme les puissans et ceux qui se glorifient dans leur sagesse.» (1524.)

A Spalatin. «Je t'envoie les lettres de notre chère Argula, afin que tu voies ce que cette femme pieuse endure de travaux et de souffrances.» (11 novembre 1528.)

La traduction de la Bible par Luther, donna à tous envie de disputer; on vit jusqu'à des femmes provoquer les théologiens, et déclarer que tous les docteurs n'étaient que des ignorans. Il y en eut qui voulurent monter en chaire, et enseigner dans les églises. Luther n'avait-il pas déclaré que par le baptême tous devenaient prêtres, évêques, papes, etc.? (Cochlæus, p. 51.)

[a86] Page 239, ligne 9.—On nous laisse périr de faim...

Un jour qu'il était question, à la table de Luther, du peu de générosité que l'on montrait à l'égard des prédicateurs, il dit: «Le monde n'est pas digne de leur rien donner de bon cœur; il veut avoir des gueux et des criards impudens, tels que le frère Mathieu. Ce frère, à force de mendier, avait obtenu de l'électeur la promesse qu'on lui achèterait une fourrure. Comme le trésorier du prince n'en faisait rien, le prédicateur dit en plein sermon, devant l'électeur: «Où est donc ma fourrure?» L'ordre fut renouvelé au trésorier, mais celui-ci différant encore de l'exécuter, le prédicateur parla de nouveau de sa fourrure, dans un autre sermon où l'électeur était présent. «Je n'ai pas encore vu ma fourrure,» dit-il, et c'est ainsi qu'il obtint à la fin ce qu'il désirait.» (Tischreden, p. 189, verso.)

Du reste, Luther se plaint lui-même du misérable état dans lequel se trouvent les ministres: «On refuse de les payer, dit-il, et ceux qui jadis prodiguaient des milliers de florins à chacun des fourbes sans nombre qui les abusaient, ne veulent pas aujourd'hui en donner cent pour un prêtre.» (1er mars 1531.)

«On a commencé à établir ici (à Wittemberg), un consistoire pour les causes matrimoniales, et pour forcer les paysans à observer quelque discipline et à payer les rentes aux pasteurs, chose qu'il faudra peut-être faire aussi à l'égard de quelques-uns de la noblesse et de la magistrature.» (12 janvier 1541.)

[a87] Page 239, ligne 22.—Apparitions...