Luther aimait les plaisirs simples: il faisait souvent de la musique avec ses commensaux et jouait aux quilles avec eux.—Mélanchton dit de lui: «Quiconque l'aura connu et fréquenté familièrement, avouera que c'était un excellent homme, doux et aimable en société, nullement opiniâtre ni ami de la dispute. Joignez à cela la gravité qui convenait à son caractère.—S'il montrait de la dureté en combattant les ennemis de la vraie doctrine, ce n'était point malignité de nature, mais ardeur et passion pour la vérité.» (Ukert, t. II, p. 12.)
«Bien qu'il ne fût ni d'une petite stature ni d'une complexion faible, il était d'une extrême tempérance dans le boire et le manger. Je l'ai vu étant en pleine santé, passer quatre jours entiers sans prendre aucun aliment, et souvent se contenter, dans une journée entière, d'un peu de pain et d'un hareng pour toute nourriture.» (Vie de Luther, par Mélanchton.)
Mélanchton dit dans ses Œuvres posthumes: «Je l'ai souvent trouvé, moi-même, pleurant à chaudes larmes, et priant Dieu ardemment pour le salut de l'Église. Il consacrait, chaque jour, quelque temps à dire des psaumes et à invoquer Dieu de toute la ferveur de son âme.» (Ukert, t. II, p. 7.)
Luther dit de lui-même: «Si j'étais aussi éloquent et aussi riche en paroles qu'Érasme, aussi bon helléniste que Joachim Camérarius, aussi savant en hébreu que Forscherius, et aussi un peu plus jeune, ah! quels travaux je ferais!» (Tischreden, p. 447.)
«Le licencié Amsdorf est naturellement théologien. Les docteur Creuziger et Jonas le sont par art et réflexion. Mais moi et le docteur Pomer, nous donnons peu de prise dans la dispute.» (Tischreden, p. 425.)
A Antoine Unruche, juge à Torgau «... Je vous remercie de tout mon cœur, cher Antoine, d'avoir pris en main la cause de Marguerite Dorst, et de n'avoir pas souffert que ces insolens hobereaux enlevassent à la pauvre femme le peu qu'elle a. Vous savez que le docteur Martin n'est pas seulement théologien et défenseur de la foi, mais aussi le soutien du droit des pauvres gens qui viennent de tous côtés lui demander ses conseils et son intercession auprès des autorités. Il sert volontiers les pauvres, comme vous faites vous-même, vous et ceux qui vous ressemblent. Tous les juges devraient être comme vous. Vous êtes pieux, vous craignez Dieu, vous aimez sa parole; aussi Jésus-Christ ne vous oubliera-t-il pas...» (12 juin 1538.)
Luther écrit à sa femme au sujet d'un vieux domestique qui allait quitter sa maison: «Il faut congédier notre vieux Jean honorablement; tu sais qu'il nous a toujours servis loyalement, avec zèle, et comme il convenait à un serviteur chrétien. Combien n'avons-nous pas donné à des vauriens, à des étudians ingrats, qui ont fait un mauvais usage de notre argent? Il ne faut donc pas lésiner, dans cette occasion, à l'égard d'un si honnête serviteur, chez lequel notre argent sera placé d'une manière agréable à Dieu. Je sais bien que nous ne sommes pas riches; je lui donnerais volontiers dix florins si je les avais; en tous cas, ne lui en donne pas moins de cinq, car il n'est pas habillé. Ce que tu pourras faire de plus, fais-le, je t'en prie. Il est vrai que la caisse de la ville devrait bien aussi lui donner quelque chose, parce qu'il a fait toutes sortes de services dans l'église; qu'ils agissent comme ils voudront. Vois de quelle manière tu pourras avoir cet argent. Nous avons un gobelet d'argent à mettre en gage. Dieu ne nous abandonnera pas, j'en suis sûr. Adieu.» (17 février 1532.)
«Le prince m'a donné un anneau d'or; mais afin que je visse bien que je n'étais pas né pour porter de l'or, l'anneau est aussitôt tombé de mon doigt (car il est un peu trop large). J'ai dit: Tu n'es qu'un ver de terre, et non un homme. Il fallait donner cet or à Faber, à Eckius; pour toi, du plomb, une corde au cou te conviendraient davantage.» (15 septembre 1530.)
L'Électeur, établissant une contribution pour la guerre des Turcs, en avait fait exempter Luther. Il lui répondit qu'il acceptait cette faveur pour ses deux maisons, dont l'une (l'ancien couvent) lui coûtait beaucoup d'entretien sans rien rapporter, et dont l'autre n'était pas payée encore. «Mais, continue-t-il, je prie votre Grâce électorale, en toute soumission, de permettre que je contribue pour mes autres biens. J'ai encore un jardin estimé à cinq cents florins, une terre à quatre-vingt-dix, et un petit jardin qui en vaut vingt. J'aimerais bien à faire comme les autres, à combattre le Turc de mes liards, à ne pas être exclu de l'armée qui doit nous sauver. Il y en a déjà assez qui ne donnent pas volontiers; je ne voudrais pas faire des envieux. Il vaut mieux qu'on ne puisse se plaindre, et que l'on dise: Le docteur Martin est aussi obligé de payer.» (26 mars 1542.)
A l'électeur Jean. «Grâce et paix en Jésus-Christ. Sérénissime seigneur! j'ai long-temps différé de remercier votre Grâce des habits qu'elle a bien voulu m'envoyer; je le fais par la présente de tout mon cœur. Cependant je prie humblement votre Grâce de ne pas en croire ceux qui me présentent comme dans le dénûment. Je ne suis déjà que trop riche selon ma conscience; il ne me convient pas, à moi, prédicateur, d'être dans l'abondance, je ne le souhaite ni ne le demande.—Les faveurs répétées de votre Grâce commencent vraiment à m'effrayer. Je n'aimerais pas à être de ceux à qui Jésus-Christ dit: Malheur à vous, riches, parce que vous avez déjà reçu votre consolation! Je ne voudrais pas non plus être à charge à votre Grâce, dont la bourse doit s'ouvrir sans cesse pour tant d'objets importans. C'était donc déjà trop de l'étoffe brune qu'elle m'a envoyée; mais, pour ne pas être ingrat, je veux aussi porter en son honneur l'habit noir, quoique trop précieux pour moi; si ce n'était un présent de votre Grâce électorale, je n'aurais jamais voulu porter un pareil habit.