»J'avoue que j'ai souvent été trop violent, mais jamais à l'égard de la papauté. Il devrait y avoir contre celle-ci une langue à part dont tous les mots fussent des coups de foudre.
»Les papistes sont confondus et vaincus par les témoignages de l'Écriture[r64]. Dieu merci, je connais leur erreur sous toutes ses faces, de l'alpha à l'oméga. Cependant aujourd'hui même qu'ils avouent que l'Écriture est contre eux, la splendeur et la majesté du pape m'éblouissent quelquefois et c'est avec tremblement que je l'attaque...
»Le pape se dit: «Céderais-je à un moine qui veut me dépouiller de ma couronne et de ma majesté? Bien fou qui céderait[r65].» Je donnerais mes deux mains pour croire en Jésus-Christ aussi fermement, aussi sûrement, que le pape croit que Jésus-Christ n'est rien.
»D'autres ont attaqué les mœurs des papes, comme Érasme et Jean Huss[r66]. Mais moi, j'ai renversé les deux piliers sur lesquels reposait la papauté: les vœux et les messes particulières.»
Des Conciles.—«Les conciles ne doivent point ordonner de la foi, mais de la discipline[r67].»
Le docteur Martin Luther levait un jour les yeux vers le ciel; il soupira, et dit: «Ah! un concile général, libre, et vraiment chrétien! Dieu saura bien le faire; la chose est sienne; il connaît et il a dans sa main tous les conseils les plus secrets.»
»Lorsque Pierre-Paul Vergerius, légat du pape, vint à Wittemberg, l'an 1533, et que je montai au château où il était, il nous cita, et nous somma d'aller au concile. J'irai, lui dis-je, et j'ajoutai: Vous autres papistes, vous travaillez inutilement. Si vous tenez un concile, vous n'y traitez point des sacremens, de la justification par la foi, des bonnes œuvres, mais seulement de babioles et d'enfantillage, comme de fixer la longueur des habits, ou la largeur des ceintures des prêtres, ou la dimension de la tonsure, etc. Il se détourna de moi, appuya sa tête sur sa main, et dit à son compagnon: «Celui-ci touche vraiment le fond des choses, etc.»
On demandait quand le pape convoquerait le concile. «Il me semble, dit le docteur Martin Luther, qu'il n'en sera rien avant le jugement dernier. C'est alors que notre Seigneur Dieu tiendra lui-même un concile.»
Luther conseillait de ne point refuser d'aller au concile, mais d'exiger qu'il fût libre; «si on le refuse, il n'y a pas de meilleure excuse pour nous.»
Des biens ecclésiastiques[a53]. Luther voudrait qu'ils fussent appliqués à l'entretien des écoles et des pauvres théologiens[r68]. Il déplore la spoliation des églises. Il prédit que les princes vont bientôt se disputer les dépouilles des églises. «Le pape prodigue maintenant les biens ecclésiastiques aux princes catholiques pour se faire des amis et des alliés.