»Ce ne sont point tant nos princes de la confession d'Augsbourg qui pillent les biens ecclésiastiques, c'est plutôt Ferdinand, l'Empereur, et l'archevêque de Mayence. Ferdinand a rançonné tous les monastères. Les Bavarois sont les plus grands voleurs des biens ecclésiastiques; ils ont de riches abbayes. Mon gracieux seigneur et le Landgrave n'ont que de pauvres monastères d'ordres mendians. On voulait à la diète, mettre les monastères à la disposition de l'Empereur, qui y aurait établi ses gouvernemens militaires. Je donnai le conseil suivant: Il faut auparavant réunir tous les monastères en un même lieu. Qui voudrait souffrir dans sa terre les gens de l'Empereur? Tout cela a été poussé par l'archevêque de Mayence.»
Dans la réponse à la lettre où le roi de Danemarck lui demandait ses conseils, Luther désapprouve l'article de la réunion des biens ecclésiastiques à la couronne. «Voyez, dit-il, au contraire notre prince Jean Frédéric, comme il applique les biens de l'Église à l'entretien des pasteurs et des professeurs.»
«Le proverbe a raison: Biens de prêtres ne profitent pas (pfaffengut raffengut)[r69]. Burchard Hund, conseiller de l'électeur de Saxe, Jean, avait coutume de dire: Nous autres de la noblesse, nous avons réuni les biens des cloîtres à nos biens nobles, et les biens des cloîtres ont dévoré les biens nobles, de sorte que nous n'avons plus ni les uns ni les autres.» Luther ajoute la fable du renard qui venge ses petits en brûlant l'arbre et les petits de l'aigle.
Un ancien précepteur du fils de Ferdinand, roi des Romains, nommé Severus, contait à Luther l'histoire du chien qui défendait la viande et qui pourtant, quand les autres la lui arrachaient, en prenait sa part. C'est ce que fait maintenant l'Empereur, dit Luther, pour les biens ecclésiastiques (Utrecht et Liége).
Des cardinaux et des évêques[a54]. «En Italie, en France, en Angleterre, en Espagne, les évêques sont ordinairement les conseillers des rois; c'est qu'ils sont pauvres[r70]. Mais en Allemagne où ils sont riches, puissans, et où ils ont une grande considération, les évêques gouvernent en leur propre nom.
»Je veux mettre tous mes soins pour que les canonicats et les petits évêchés subsistent, de sorte qu'on puisse avec ce revenu établir des prédicateurs et des pasteurs dans les villes. Les grands évêchés seront sécularisés.»
Le jour de l'Ascension le docteur Martin Luther dîna avec l'électeur de Saxe, et l'on résolut que les évêques conserveraient leur autorité, à condition qu'ils abjureraient le pape. «Nos gens les examineront, et les ordonneront, par l'imposition des mains. C'est ainsi que je suis évêque à présent.»
Dans les disputes d'Heidelberg, on demandait d'où venaient les moines[r71]. Réponse: «Dieu ayant fait le prêtre, le diable voulut l'imiter; mais il fit la tonsure trop grande, de là les moines.
»La moinerie ne se rétablira point aussi long-temps que l'article de la justification restera pur[r72].
»Autrefois les moines étaient en si grande considération que le pape les redoutait plus que les rois et les évêques. Car ils avaient le commun peuple dans leurs mains. Les moines étaient les meilleurs oiseleurs du pape[a55]. Le roi d'Angleterre a beau ne plus reconnaître le pape pour le chef suprême de la chrétienté. Il ne fait rien que tourmenter le corps, en fortifiant l'âme de la papauté.» (Henri VIII n'avait pas encore supprimé les monastères.)