«Le roi de France aime les femmes[r195]... Au contraire, l'Empereur passant par la France en 1544, trouva après un grand festin une belle et noble vierge dans son lit, que le roi de France y avait fait conduire. L'Empereur la renvoya honorablement chez ses parens.
»L'Empereur n'a appelé à son couronnement que des princes et seigneurs italiens et espagnols, qui ont porté devant lui les drapeaux et les armes des électeurs. J'avais touché cela dans un petit livre, mais l'Électeur en a fait acheter tous les exemplaires.
»Le roi de France dépense autant d'argent en trahison que pour ses armées. Aussi, dans sa guerre contre le pape Jules et Venise, il a dissipé vingt mille hommes avec quatre mille.
»Tant que le Français a eu des hommes de guerre allemands, il a obtenu la victoire. Ce sont en effet les meilleurs; ils se contentent de leur solde et protégent le peuple. Aussi Antonio de Leyva conseilla, en mourant, à l'Empereur de s'attacher ses soldats allemands; que s'il les perdait, ce serait fait de lui; car ils tenaient tous ensemble comme un seul homme.»
Après la défaite de François Ier à Pavie, Luther écrivait: «Que le roi de France soit de chair ou autre chose, je ne me réjouis pas de le voir vaincu et pris. Vaincu, cela se peut souffrir, mais captif, c'est une monstruosité... Peut-être l'heure du royaume de France est-elle venue, comme cet autre le disait de Troie: Venit summa dies et ineluctabile fatum..... Ce sont, à ce qu'il me semble, des signes qui annoncent le dernier jour du monde. Ces signes sont plus graves qu'on ne serait tenté de le croire... Il n'y a qu'une chose qui me fait plaisir, c'est de voir frustrés les efforts de l'Anti-Christ, qui commençait à s'appuyer sur le roi de France.» (mars 1525.)
(Février 1537). «Le roi de France est persuadé que chez nous autres luthériens, il n'y a plus ni mariage, ni autorité, ni église, ni rien de tout ce qu'on regarde comme sacré. Son envoyé, le docteur Gervais, nous l'a assuré positivement. Mais d'où vient cela? certainement de ce qu'on ne laisse pénétrer en ce pays, non plus qu'en Italie, aucun écrit des nôtres, et que le scélérat de Mayence, ainsi que ses pareils, y envoient toutes les calomnies qui se débitent contre nous.»
«Nous avons ici un Français, François Lambert, qui était il y a deux ans prédicateur apostolique, comme on les appelle parmi les mineurs, et qui vient de prendre pour femme une des nôtres: il espère mieux vivre dans le voisinage de la France (à Strasbourg)... Il gagnera sa vie à traduire en français mes ouvrages allemands.» (4 décembre 1523.)
«Les rois de France et d'Angleterre sont luthériens pour prendre, point pour donner. Ils ne cherchent point l'intérêt de Dieu, mais le leur.
»Sept universités ont approuvé le divorce du roi d'Angleterre; mais nous autres de Wittemberg et ceux de Louvain, nous avons soutenu le contraire, eu égard aux circonstances particulières, à la longue cohabitation, à l'existence d'une fille, etc.[r196]
»Quelques-uns qui avaient reçu des écrits d'Angleterre annoncèrent comment le roi s'était séparé de l'Évangile[r197]. Je suis charmé, dit Luther, que nous soyons quitte de ce blasphémateur. J'ai seulement regret de voir que Mélanchton ait adressé ses plus belles préfaces aux plus méchantes gens.