«Ce même prince avait, dit Mélanchton, près de Wittemberg un cerf apprivoisé, qui, pendant bien des années, allait, au mois de septembre, dans la forêt voisine, et revenait exactement en octobre. Lorsque l'Électeur fut mort, le cerf partit et l'on ne le revit plus.

»En 1525, l'électeur Jean de Saxe me demanda s'il devait accorder aux paysans leurs douze articles[r203]. Je le détournai entièrement d'en approuver un seul.

»Le duc Jean disait en 1525, en apprenant la révolte des paysans: «Si le Seigneur veut que je reste prince, que sa volonté soit faite, mais je puis aussi être un autre homme.»

Luther blâme la patience de ce prince, qui avait appris des moines, ses confesseurs, à supporter la désobéissance de ses gens.

Il disait à Luther: «Mon fils, le duc Ernest, m'a écrit une lettre latine pour me demander à courir un cerf. Je veux qu'il étudie; il sera toujours à même d'apprendre à laisser pendre deux jambes sur un cheval.»

«Le même prince avait toujours pour sa garde six nobles jeunes garçons, qui restaient dans sa chambre et qui lui lisaient la Bible six heures par jour. Sa Grâce électorale s'endormait quelquefois, mais il n'en citait pas moins à son réveil quelques belles paroles qu'il avait remarquées et retenues.—Pendant la prédication il tenait près de lui des écrivains, et lui-même de sa propre main recueillait les paroles de la bouche du prédicateur.

»Lorsque Ferdinand fut élu roi des Romains à Cologne, le jeune duc Jean-Frédéric y fut envoyé pour protester de la part de son seigneur et père. Dès qu'il eut exécuté ses ordres, il repartit au grand galop, et comme il avait à peine passé la porte, on envoya des gens pour courir après lui et le prendre. (1531.)

»On dit que l'Empereur a fait entendre, après avoir lu notre Confession et apologie, qu'il voulait que l'on enseignât et que l'on prêchât dans le même sens par tout le monde[r204]. Le duc George aurait dit aussi qu'il savait très bien qu'il y avait beaucoup d'abus à réformer dans l'Église, mais qu'il ne voulait pas de cette réforme, quand elle venait d'un moine défroqué.

»La dernière fois que l'électeur Jean alla à la chasse, tout le gibier lui échappait. Les bêtes ne voulaient plus le reconnaître pour maître, c'était un présage de sa mort. (1532.)

»Le duc Jean-Frédéric, qui a été si bien pillé et dépouillé par ceux de la noblesse, a appris à ses dépens à les connaître.