«Vous dites que vous êtes mon juge; avisez bien à ce que vous ferez, car vraiment je suis envoyée de Dieu, vous vous mettez en grand danger.»
Ces paroles sans doute irritèrent les juges et ils lui adressèrent une insidieuse et perfide question, une question telle qu'on ne peut sans crime l'adresser à aucun homme vivant: «Jehanne, croyez-vous être en état de grâce?»
Ils croyaient l'avoir liée d'un lacs insoluble. Dire Non, c'était s'avouer indigne d'avoir été l'instrument de Dieu. Mais d'autre part, comment dire Oui? Qui de nous, fragiles, est sûr ici-bas d'être vraiment dans la grâce de Dieu? Nul, sinon l'orgueilleux, le présomptueux, celui justement qui de tous en est le plus loin.
Elle trancha le nœud avec une simplicité héroïque et chrétienne:
«Si je n'y suis, Dieu veuille m'y mettre, si j'y suis, Dieu veuille m'y tenir[425].»
Les Pharisiens restèrent stupéfaits[426].
Mais avec tout son héroïsme, c'était une femme pourtant... Après cette parole sublime, elle retomba, elle s'attendrit, doutant de son état, comme il est naturel à une âme chrétienne, s'interrogeant et tâchant de se rassurer: «Ah! si je savais ne pas être en la grâce de Dieu, je serais la plus dolente du monde... Mais si j'étais en péché, la voix ne viendrait pas sans doute... Je voudrais que chacun pût l'entendre comme moi-même...»
Ces paroles rendaient prise aux juges. Après une longue pause, ils revinrent à la charge avec un redoublement de haine, et lui firent coup sur coup les questions qui pouvaient la perdre.
Les voix ne lui avaient-elles pas dit de haïr les Bourguignons?... N'allait-elle pas, dans son enfance, à l'arbre des fées? etc... Ils auraient déjà voulu la brûler comme sorcière.
À la cinquième séance, on l'attaqua par un côté délicat, dangereux, celui des apparitions.