Mais peu d'œuvres nouvelles. Le grand succès du temps est celui d'une compilation latine, les Adages d'Érasme. Machiavel et l'Arioste sont médiocrement goûtés. Les mémoires de Commines n'ont pas paru encore.

La Renaissance est dans l'art, à coup sûr, par Vinci et par Michel-Ange, deux prophètes, énormément loin en avant de leur âge. Ils en sont la stupeur plus que l'admiration. Le roi du temps est Raphaël. Ce que la France envie le plus à l'Italie, ce sont les ornements, arabesques et grotesques, récemment déterrés à Rome. Elle prend un plaisir enfantin à parer, à charger sa vieille architecture de ces capricieuses fleurs.

Tout cela est bien vague encore, et bien flottant d'un jour crépusculaire. Où donc décidément voit-on la Renaissance? à quel caractère certain, profond, la reconnaîtrons-nous?

Rappelons-nous l'Introduction de ce volume. Quel fut l'obstacle infranchissable des XIIIe au XVe siècles? c'est que, le Moyen âge se survivant par un effort artificiel, n'enfantant plus, empêchant d'enfanter, il s'est fait un grand désert d'hommes. Les efforts des héros, des hardis précurseurs, sont restés individuels, isolés, impuissants. Le peuple n'est pas né qui eût pu les soutenir.

Eh bien! dans ces trente dernières années, le grand pas est franchi; ce peuple commence d'apparaître. Si les idées ne sont pas éclaircies, les hommes existent; une nouvelle humanité est née maintenant avec des yeux pour voir, une âme ardente et curieuse.

L'État détruit et l'Église détruite, au temps de Charles VI, on a touché le fond, puis recommencé à monter. De la sécurité donnée par Louis XI, de la prospérité de Louis XII, quelque chose a surgi, de médiocre et de mesquin sans doute, mais de vital enfin. Puis un coup de lumière, un rayon subit de soleil a doré ce monde pâle, quand l'épée de France ouvrit les monts, révéla l'Italie.

Découverte d'un effet immense. La sublime officine des arts et des sciences, tenue longtemps comme en réserve, se manifeste tout à coup, doublement rayonnante d'Italie et d'Antiquité.

Et alors, par l'imprimerie, se constitue le grand duel. D'une part, l'Antiquité grecque et romaine, si haute dans sa sérénité héroïque. D'autre part, l'Antiquité biblique, mystérieuse, pathétique et profonde. De quel côté penchera l'âme humaine? à qui sera la Renaissance? qui renaîtra des anciens dieux?

L'arbitre est la Nature. Et celui-là serait vainqueur, à qui elle donnerait son sourire, son gage de jeunesse éternelle. Plus jeune et plus vieille que tous, mère et nourrice des dieux, comme des hommes, elle les berça aux anciens jours et sourira encore sur leurs tombeaux.

«Suis la Nature.» Ce mot des stoïciens fut l'adieu de l'Antiquité. «Reviens à la Nature,» c'est le salut que nous adresse la Renaissance, son premier mot. Et c'est le dernier mot de la Raison.