Mot que le grand prophète Rabelais traduit ainsi: «Fondez la foi profonde.» Il l'écrit au portique de son temple de la Volonté. Nous l'avons mis aux premières lignes de l'histoire du XVIe siècle.
Trois filles de serfs, ouvriers héroïques, taillent les trois pierres où se fonde la nouvelle Église: Colomb, Copernic et Luther.
L'Italien trouve le monde, et le Polonais en trouve le mouvement, l'harmonie, l'infini du ciel.
L'Allemand reconstitue la famille et y met le sacerdoce. C'est fonder le monde de l'homme.
Effort énorme, unique; jamais il n'y eut plus d'obstacles. Et le succès aussi est difficile, le résultat d'abord obscur, amer.
L'Amérique, plusieurs fois trouvée en vain, mais cette fois manifestée et assurée au monde par l'obstination d'un grand cœur, éclaircit, obscurcit la question morale. À peine découverte, elle est le champ de l'esclavage.
Luther éclaircit, obscurcit la question religieuse, ne rouvrant l'avenir que par un appel au passé.
Copernic sera un scandale, la plus rude contradiction qui ait troublé la Renaissance. Au moment où l'observation est uniquement recommandée, dans un âge qui, las des vains raisonnements, ne veut plus croire que ce qu'il voit, celui-ci vient démentir le témoignage des yeux. Tête dure! L'expérience des sens n'est rien pour lui si elle n'est raisonnable. Elle est son marchepied et rien de plus, pour s'élever plus haut. Les observateurs se moquent de lui[30]. S'il a raison contre eux, le témoignage des sens ayant perdu sa force, les témoignages historiques, bien plus faibles, branlent et chancellent. Où est la certitude? Qui croirons-nous? La Raison seule.
Seule elle règne, seule elle est immuable. Tout autre immuable est fini.
Le mouvement du monde, l'infinie profondeur du ciel apparaîtront vers le milieu du siècle, au moment où Vesale ouvre les profondeurs de l'homme, où Servet aperçoit la circulation de la vie. Qui désormais niera le mouvement a beau faire, il le porte en lui.