C'est, comme on sait, à Sainte-Geneviève, au pied de la tour (très-mal nommée) de Clovis qu'ouvrit cette grande école. Cette tour, qui s'élève derrière le Panthéon, a été fondée entre 1000 et 1031 (Lebeuf, II, 374, d'après le nécrologe de Sainte-Geneviève). Sa base antique, qui subsiste, a donc entendu le grand Abailard. Le point de départ de la philosophie moderne est ainsi à deux pas des caveaux du Panthéon, où reposent Voltaire et Rousseau. De la montagne sont descendues toutes les écoles modernes. Je vois au pied de cette tour une terrible assemblée, non-seulement les auditeurs d'Abailard, cinquante évêques, vingt cardinaux, deux papes, toute la scolastique; non-seulement la savante Héloïse, l'enseignement des langues et la Renaissance, mais Arnaldo de Brescia, c'est-à-dire la Révolution. Énorme grandeur! Combien cette tour a droit de mépriser le Capitole! Regardez-la bien, pendant qu'elle dure. Nos démolisseurs frénétiques pourront bien la faire disparaître.
Quel était donc ce prodigieux enseignement, qui eut de tels efforts? Certes, s'il n'eût été rien que ce qu'on en a conservé, il y aurait lieu de s'étonner. Mais on entrevoit fort bien qu'il y eut tout autre chose. C'était plus qu'une science, c'était un esprit: esprit surtout de grande douceur, effort d'une logique humaine pour interpréter la sombre et dure théologie du Moyen âge. C'est par là très-probablement qu'il enleva le monde, bien plus que par sa logique et sa théorie des universaux. MM. Cousin et Rémusat, dans leurs beaux travaux, M. Hauréau, dans son résumé, ferme, net et si lumineux, n'ont pu malheureusement, gênés qu'ils étaient par leur cadre, prendre l'homme par ses deux côtés. Mais est-il possible de les séparer? Si la foule, au XIIe siècle, sentit si vivement la portée de la logique d'Abailard dans les plus obscures questions, c'est certainement parce qu'elle était très-fortement avertie par son enseignement théologique bien plus populaire. Sous la forme rebutante du temps, cette théologie, éminemment humaine et douce, indique dans Abailard une vraie tendresse de cœur. Voyez particulièrement l'Introductio ad Theologiam, p. 988, sur le péché originel.
Je regrette de n'avoir pas senti cela quand j'ai parlé si durement de ce grand homme; sa froideur pour Héloïse m'avait indisposé, je dois l'avouer. J'étais sous l'impression de la légende, du dévouement de cette femme admirable et de son immortel amour. Elle s'immola à la gloire du grand logicien, et elle eut pour consolation la science et le don des langues. L'enseignement des trois langues, fondé par elle dans l'église du Saint-Esprit (le Paraclet), est resté, par Raymond Lulle et autres, l'idée fixe de la Renaissance, réalisée enfin, sous François Ier, dans le Collége de France. Ce mariage de la logique et de la science, cruellement séparées, est la plus belle légende du monde, la seule aussi du Moyen âge dont le peuple ait gardé le souvenir. Les restes des deux époux, réunis dans le tombeau, ont été remis, en 1792, à la municipalité de Nogent, et plus tard déposés, par M. Lenoir, au Musée des Monuments français. (Voir sa Description, I, 219.) Ils sont maintenant au cimetière de l'Est, toujours visités du peuple, chargés de couronnes.
[2]: Nous ne nions pas l'évidence. En présence des savants travaux, des publications si utiles de MM. Augustin Thierry, Henri Martin, de Stadler, Chéruel, etc., qui ont paru ou vont paraître, nous ne voulons nullement contester le progrès administratif, qui a été l'œuvre patiente de la France depuis le XIIIe siècle, et par lequel elle a devancé les autres États de l'Europe. Nous ne voulons pas davantage nier le progrès de la langue et la formation de la prose française, curieuse formation, si rapide de Joinville à Froissard, en trente ou quarante années, si lente de Froissard à Commines, dans une période de cent cinquante ans! Dans ce temps, si long, je ne vois aucun nom vraiment littéraire, sauf Deschamps, Charles d'Orléans et le petit chef-d'œuvre de Patelin. Chastelain est un grand effort, impuissant, comme celui de son maître, Charles le Téméraire. Commines arriva fort tard: il écrit sous Charles VIII et Louis XII. Encore une fois, nous ne nions pas le progrès sous ces deux formes, administrative et littéraire. Nous examinons seulement s'il n'eût pu se faire à meilleur marché, sans un tel aplatissement du caractère individuel. Cet affaiblissement moral livra ce pays désarmé à l'invasion anglaise; la royauté, qui avait pris pour elle seule l'épée de tous, ne sut s'en servir, et cette création de l'ordre, dont on parle tant, subît deux très-longs, deux horribles entr'actes, où tout ordre disparut. Notez que rien ne reprit avec la même grandeur et la même vie qu'auparavant. Aux États généraux de 1357, la France avait vu et posé nettement le but de l'avenir. Ceux qui suivent, comme on le verra, sont presque toujours des comédies menteuses, de pures réactions féodales.
[3]: La date la plus sinistre, la plus sombre de toute l'histoire, est pour moi l'an 1200, le 93 de l'Église.—Bien moins parce que c'est l'époque de l'extermination d'un peuple, des Vaudois et des Albigeois, mais surtout parce que cette époque est celle de l'organisation de la grande police ecclésiastique. Terrorisme épouvantable; à tous les moyens de 93 il en joignit un qu'aucune autre autorité n'a eu en ce monde, la confession.—Un œil fut dès lors ouvert, une fenêtre percée sur toute maison et sur tout foyer, une vue sur l'intérieur de l'âme, et cela avec tant de force, que la pensée, corrompue contre elle-même, devint son propre espion et son délateur. «Mais si cette Terreur fut telle, prouvez-la, montrez-en la trace, indiquez les monuments.» Malicieuse interrogation! Vous ne savez que trop vous-mêmes comment vous avez fait en sorte qu'il n'y eut point de monument.—Le monument, c'est le désert, c'est la disparition subite du génie, de l'âme d'un peuple,—en 1200, le premier de tous; en 1300, le dernier. En 1200, l'éclat inouï de cette muse des troubadours où s'est inspirée l'Italie. En 1300, la platitude des cantiques des Jeux Floraux.—Voulez-vous d'autres monuments? Venez près de Carcassonne, à l'entrée des montagnes Noires; entrons dans ces grottes qu'on a retrouvées en 1836. Elles étaient remplies de squelettes couchés en cercle, tous les crânes rapprochés au centre, et les corps faisaient les rayons du cercle. Point d'inscriptions, point de restes de vêtements, nul signe qui pût les faire reconnaître. La Terreur ecclésiastique poursuivant même les morts, les familles cachaient ainsi les restes de leurs parents pour éviter la honte et l'horreur de voir brûler ces pauvres os en place publique. Nus, sans honneur, anonymes, ces morts sont restés là cachés jusqu'en 1836.—Le grand mort, c'est le peuple même, tué dans tous ses souvenirs, dans sa langue et sa tradition. Je lis, dans la belle et froide préface que M. Fauriel a mise au poème des Albigeois, que ce poème, répandu au XIIIe siècle, traduit deux fois, disparut tout à coup, et ne reparut que quand sa langue se trouva si vieille et si oubliée, que «l'ouvrage étant inintelligible, il se retrouva innocent.» Populaire au XIIIe siècle, illisible au XIVe! la langue est changée, les souvenirs effacés! Quelle complète, quelle barbare destruction fait supposer un tel oubli! Non-seulement on n'ose penser, mais on n'ose se souvenir. On croit sans difficulté cette sottise du roman en vers, que le pape déplora les résultats de la croisade. J'ai trouvé aux Archives la preuve certaine du contraire, deux lettres d'Innocent III, écrites bien près de sa mort, où il accepte, dans les termes d'un enthousiasme frénétique, le poids de tout le sang versé. Voilà le véritable Innocent, et non l'Innocent douteux et pleureur que moi-même, comme les autres, j'avais fait d'après ce roman. Voir Trésor des Chartes, registre XIII-18, folio 32, et carton J, 430.
[4]: Qui a supprimé l'esclavage? Personne, car il dure encore; il ne faut pas être dupe des formes ou des mots.—Le christianisme a-t-il décidé la transformation de l'esclave en serf après la chute de l'Empire? Non, puisque le servage existait dans l'Empire, même sous le nom de colonat.—Ces grandes révolutions dans la vie économique et dans les formes du travail ne se tranchent point par les influences religieuses. Les chrétiens de l'Empire eurent des esclaves tant que cette forme de travail parut la plus productive, et les chrétiens modernes, pour le même motif, en eurent et en ont encore dans nos colonies. La douceur des mœurs chrétiennes fut sans doute favorable à l'esclave; mais l'esprit de résignation que prêcha le christianisme, l'abandon de tout effort d'émancipation qui en résulta, furent visiblement très-utiles à la tyrannie, la consolidèrent et la rassurèrent. Du temps de saint Basile, quelques esprits hardis s'étaient avisés de soutenir «que l'Esprit-Saint ne réside pas dans la condition de maître et esclave, mais dans celle de l'homme libre.» Saint Basile réfute énergiquement cette doctrine de l'Esprit-Saint, c. XX; sous Théodose le jeune, au Ve siècle, Isidore de Péluse s'exprime dans le même sens (lib. IV, epist. XII): Quand même tu pourrais être libre, tu devrais mieux aimer être esclave, car il te sera demandé un compte moins rigoureux de tes actions.» Et ailleurs (lib. XIV, 169): «L'esclavage vaut mieux que la liberté.» Sont-ce là des opinions individuelles, accidentelles? Non, elles sortent du fonds essentiel du dogme chrétien, de l'idée d'élection gratuite et du privilége des élus. L'esclave n'a rien à dire; le maître est l'élu de ce monde. Respectez toute puissance, car elle est de Dieu.» Voilà ce qui fait du christianisme l'allié naturel de la monarchie, de l'aristocratie, des maîtres en tous pays d'esclaves; voilà ce qui constitue, en Europe, la forte et indissoluble alliance des deux branches (religieuse et politique) du parti conservateur; voilà ce qui fait de la foi du moyen âge, non-seulement l'âme et le moyen, mais l'essence même de la contre-révolution.—Qu'est-il besoin de répéter ces vérités invinciblement établies par MM. de Maistre et de Bonald, que dis-je? par le gallican Bossuet? Il a solidement prouvé, dans sa politique et partout, que le christianisme était la religion de l'autorité, la foi de l'esclave. Le premier logicien de ce temps, M. Bonavino de Gênes (Ausonio Franchi), a élevé tout ceci jusqu'à la rigueur des mathématiques. Personne, après sa formule, n'y changera rien.
[5]: L'opinion trop favorable que nous avions des mœurs du Moyen âge a dû se modifier par la publication des textes nouveaux. Mes propres études pour le second volume du Procès des Templiers m'ont éclairé pour le XIVe; ces actes sont accablants pour l'ordre du Temple.—Le XIe et le XIIe siècles, que nous avions regardés comme un âge de sainteté, apparaissent sous un jour tout autre par la publication récente du Cartulaire de Saint-Bertin. La vie des moines, surprise et dévoilée dans l'intérieur d'un couvent, y est scandaleuse de disputes, de licence, de misère morale.—Mais la plus terrible lumière est celle que nous donne, sur le XIIIe siècle, le Journal des visites épiscopales d'Eudes Rigaud, publié à Rouen, en 1845, par M. Bonnin. Rigaud est un franciscain, un homme de saint Louis, son conseiller. Devenu archevêque de Rouen (1248-1269), il parcourt son diocèse d'église en église, et chaque soir, en notes très-rudes, brèves et âpres, il dit ce qu'il a vu. Ce qu'il voit partout, c'est le scandale et l'horreur du faux célibat, qui, n'ayant pas encore la facilité d'approches et de relations féminines que la direction a donnée plus tard, est forcé de montrer ses vices. Tous ont des femmes, tel sa propre sœur. Une foule de religieuses sont enceintes; elles vont, viennent, hors du couvent; les noms de leurs amants connus sont notés par l'archevêque. Son embarras est visible; il a toute autorité, le roi, le pape et le peuple, et il ne peut rien. Tous sont coupables. À qui se fier? Il défend aux religieuses de recevoir des laïques, et il avoue que ceux qui les ont rendues enceintes sont des ecclésiastiques. La corruption est irrémédiable, tenant non-seulement à l'oubli du principe, à l'abandon de la foi, mais plus profondément encore au principe même, qui est l'amour, l'énervant mysticisme, la pente fatale à la faiblesse.
[6]: Déjà le savant Jourdain, dans ses recherches sur les traductions d'Aristote, nous avait fait entrevoir sur quel terrain peu solide nos grands scolastiques avaient cheminé. Albert le Grand et saint Thomas font profession de ne prendre aucune initiative, de partir toujours d'un texte, de commenter, rien de plus. Que sera-ce s'il est démontré qu'ils n'ont pas eu de textes sérieux, qu'ils ont marché constamment sur le sol flottant, perfide, des versions infidèles? et cela sans s'apercevoir que tel prétendu passage d'Aristote, par exemple, est anti-aristotélique? Eussent-ils eu de meilleurs textes, la seule tentative de concilier Aristote avec l'Église (le noir et le blanc, la glace et le feu) n'indique pas que ces fameux raisonneurs aient eu le cerveau bien sain. Voilà ce qu'on devait conclure des recherches de Jourdain, et ce qui ressort, éclate, du livre de M. Hauréau,—livre de franchise héroïque, de verte et sauvage critique, qui descend tout droit de Kant. Le stoïcien de Kœnigsberg, le grand juge qui, de son rocher du Nord, a justicié les écoles, les systèmes, les hommes et les dieux, Kant aurait signé ce livre. Ce n'est pas seulement un livre, mais un beau fait moral du temps. L'auteur, qui le présentait à un concours de l'Institut, n'en a pas moins jugé ses juges sans le moindre ménagement. Cela est beau, cela est rare, cela donne confiance. On comprend qu'après avoir parlé si librement du prudent éclectisme de M. Cousin, il caractérisera en toute franchise celui des anciens docteurs. Ce qui ne l'honore pas moins, c'est que, obligé de révéler les adresses, les habiletés trop habiles des scolastiques, il le fait avec les ménagements dus à un si grand effort, à cette première tentative de rapprocher l'antiquité et le Moyen âge. Par cette noble volonté, ils appartiennent à la Renaissance, quoique leur enseignement ait créé, en résultat, une masse d'esprits anti-critiques qui lui fit obstacle.
[7]: Ajoutons proscription du Créateur.—Une révélation singulière s'est faite en 1843, la découverte de la profonde impiété du Moyen âge. Le croirez-vous? Dieu n'a pas eu un seul temple! un seul autel! du Ier au XIIe siècle! Il s'agit, bien entendu, de Dieu le Père, de Celui dont vit toute vie! Étrange ingratitude! monstrueuse hérésie qui isola l'Europe si longtemps de la communion générale du monde! La Vierge avait ses temples, et tous les Saints de la légende; le moindre moine qui marquait dans son ordre passait au ciel, avait sa fête, son église, son culte; mais Dieu n'en avait pas. «Tout était Dieu, excepté Dieu même.» (Bossuet.)—Cela est-il prouvé? direz-vous, et, si la chose est sûre, comment le clergé n'a-t-il pas étouffé cela?—L'histoire est étrange à conter, mais honorable pour le savant antiquaire à qui l'on doit la découverte. M. Didron n'avait obtenu de publier son iconographie chrétienne (Histoire de Dieu) dans la grande collection des documents inédits qu'en acceptant un censeur de l'archevêché, M. le chanoine Gaume; mais que faire? La lacune était bien évidente; dans cette succession des images de Dieu, M. Didron n'en trouvait aucune, n'en pouvait donner aucune, du Ier au XIIe siècle. Le Père apparaît pour la première fois à côté du Fils sur une miniature du XIIIe. Il reste égal au Fils et du même âge, jusque vers 1360, où il se détache, rompt l'égalité, devient plus âgé, et peu à peu siége à la première place, au centre des trois personnes divines. (P. 207, 220, 222.) Mais il y faut du temps, et les premières images qu'on lui accorde ne sont nullement respectueuses. À Notre-Dame de Paris (portail du nord, 1300), il ne montre encore qu'une main dans le cordon de la voussure. Au portail du sud, sa figure apparaît, mais au cordon extérieur, exposée à la pluie et au vent, tandis que de simples anges sont abrités. À la porte centrale sa figure est (du moins était en 1843) étranglée entre les pointes des cordons de la voussure et les dais des martyrs. On l'a mis là pour remplir un vide, et parce que, les dimensions étant mal calculées, il restait encore de la place. (P. 189.)—Comment le censeur, M. Gaume, digéra-t-il cette page 189 du trop exact archéologue? Je n'en sais rien. Les pages 207-242 étaient composées, en épreuves, quand l'orage éclata. «Mais, monsieur, dit le chanoine, on a toujours rendu des honneurs égaux à chacune des trois personnes divines; dans le culte, comme dans le dogme, le Fils n'a jamais plus été que le Père et le Saint-Esprit!» (P. 242, lignes 16-20 de la note.) M. Didron s'en tira avec adresse, mais avec fermeté, en répondant respectueusement qu'il aurait volontiers corrigé le manuscrit, mais que tout était composé et qu'il faudrait remanier plusieurs feuilles d'impression. S'il eût obéi et détruit ses feuilles, il nous replongeait pour longtemps dans l'ignorance où nous étions sur ce point capital, essentiel, de l'histoire religieuse.
[8]: Jean de Salisbury explique parfaitement qu'après la dispersion de l'école d'Abailard et la victoire du mysticisme, plusieurs s'enterrèrent dans les cloîtres, d'autres se tournèrent vers la bagatelle du monde, le néant de cours (nugis curialibus); c'est ce que fit Jean lui-même, esprit léger, agréable et sceptique, qui devint le client, l'ami du pape Adrien IV; mais d'autres, plus sérieux, partirent pour Salerne ou pour Montpellier. (Métalogicus, c. III.) Là s'abrita la foi. Ces sanctuaires de la science reçurent les croyants de la Nature et du Créateur oublié. De l'autel du Fils ils se réfugièrent à l'autel du Père, du Dieu qui crée la vie, qui la conserve et la guérit par tous les arts conservateurs. Tandis que l'Occident voyait de Dieu le doux reflet lunaire, l'Orient et l'Espagne arabe et juive le contemplaient en son fécond soleil, dans sa puissance créatrice qui verse ses dons à torrents. L'Espagne est le champ du combat. Où paraissent les chrétiens, paraît le désert; où sont les Arabes, l'eau et la vie jaillissent de toutes parts, les ruisseaux courent, la terre verdit, devient un jardin de fleurs. Et le champ de l'intelligence aussi fleurit. Barbares, que serions-nous sans eux? Faut-il dire cette chose honteuse que notre Chambre des Comptes attendit au XVIIe siècle pour adopter les chiffres arabes, sans lesquels on ne peut faire le plus simple calcul? Les Arabes ont fait au monde le plus riche présent dont aucun génie de peuple ait doué le genre humain. Si les Grecs lui ont donné le mécanisme logique, les Arabes lui ont donné la logique du nombre, l'arithmétique et l'algèbre, l'indispensable instrument des sciences.