[27]: Dans son intéressante brochure sur Charles-Quint, M. Mignet, quoique trop favorable à son héros, ne dissimule nullement sa gloutonnerie. J'ai bien de la peine à croire que le grand homme d'affaires, si grossièrement sensuel, ait été vraiment grand. De telles habitudes accusent l'absence des idées hautes et des sentiments généreux qui rempliraient autrement l'âme.—Ce petit livre, si complet, qui révèle tellement le fond de l'homme, eût fait le bonheur de Montaigne.—Quant à l'ingratitude de Charles-Quint pour sa tante Marguerite, il faut lire le Mémoire présenté par celle-ci, pièce d'histoire capitale, s'il en fut. Elle y raconte toute son administration, s'excuse, prouve son innocence (p. 118). Elle explique qu'on a ménagé à son insu l'émancipation de Charles (p. 124): «Parquoy, monseigneur veulx conclure que je n'ay mérité nullement qu'on me charge et traicte ainsy que l'on fait, ni qu'on me fasse traîner la poursuite de ma pension si longuement. Si la mienne est plus grande, aussi suis-je votre unique tante et n'ay aultre fils ni héritier que vous.» Corresp. de Marguerite, publiées par Van der Bergh, t. II, p. 117-127.
[28]: Très-bien résumées dans l'Allemagne de M. Ewerbeck. Peu sympathique à l'école de Feuerbach, je ne puis m'empêcher d'exprimer mon admiration pour le dévouement de son traducteur, Ewerbeck, savant comme l'Allemagne, hardi comme la Pologne, généreux comme la France, et digne de ces trois patries.—Il a consacré tout ce qu'il avait à la dépense des publications de cette école: De la Religion, Qu'est-ce que la Bible? etc. Exemple rare en ce temps! Ewerbeck nous a fait l'honneur de se faire naturaliser Français. Nous le remercions du cœur.
[29]: Je regrette d'être obligé d'ajourner au prochain volume ce que j'avais à dire sur ce grand sujet. Le beau livre de M. Frank, celui de M. José Amador de los Rios, et autres, ont jeté un jour tout nouveau sur la littérature juive.—Une remarque bien essentielle de M. Beugnot est celle-ci: «Les Juifs ne connurent pas l'usure aux Xe et XIe siècles, c'est-à-dire aux époques où on leur permit l'industrie.»—De nos jours, tant de juifs illustres (Meyerbeer, Néander, Graus, Heine, Bœrne, Mlle Rachel, etc.) les ont bien réhabilités.
[30]: Entre autres le médecin Fernel qui, en 1527, dans sa Cosmotheoria, y fait déjà allusion.
[31]: Lire une page éloquente et charmante de M. Henri Martin, Histoire de France, t. VIII, p. 477-478, seconde édition.
[32]: Je parle de la Léda qu'on a gravée, et de celle qui était à La Haye, dans la collection du roi de Hollande, malheureusement vendue et dispersée.—La Léda est le sujet propre de la Renaissance. Vinci, Michel-Ange et Corrége y ont lutté, élevant ce sujet à la sublime idée de l'absorption de la nature. Un imbécile, le ministre Dunoyer, détruisit la Léda de Michel-Ange, qui était en France, comme objet licencieux.—Il y a une grande décadence déjà dans la Léda du Poussin; elle est digne et reine, mais le tout est plus froid que le marbre du bassin où la scène se passe.—Michel-Ange est, comme partout, merveilleusement noble et digne.—Vinci a vu le fond même de la question scientifique. C'est le prédécesseur direct de Lamarque, Geoffroy Saint-Hilaire, Oken, etc. Voir Libri, Quinet, Alfred Dumesnil.
[33]: Ce mot admirable est de Vasari, parlant de Giotto: «Il renouvela l'art, parce qu'il mit plus de bonté dans les têtes.»—Le portrait du gros jeune Holbein, à Bâle, témoigne de la bonté charmante de ce grand artiste.