[19]: Pour cette époque, et en général pour les guerres d'Italie, voir un livre peu consulté: la Vie de Trivulce, par Rosmini, 1815, livre sorti des archives de la famille, qui a fait copier soixante-dix volumes d'actes dans tous les dépôts de l'Europe.—Trivulce avait de Louis XII quatre cents livres de pension. Archives, cartons des rois, K. 94, quittance du 7 juin 1501.
[20]: Les brusques changements de température (qui perpétuent encore aujourd'hui la lèpre sur la côte de Gênes) se produisaient chez beaucoup des nôtres qui passaient les Alpes, non plus par l'ancienne lèpre, mais par d'autres maladies de peau. Ce grand fléau du Moyen âge, affaibli par sa division même, ne se retirait pas pourtant sans laisser de vives irritations.—Les deux fléaux se rencontrèrent. C'est ainsi que Paracelse, excellent observateur (malgré le bizarre de ses théories), explique la naissance du mal immense qui enveloppa le XVIe siècle, circulant de mille manières, et gagnant les plus sains mêmes, les plus purs, les plus abstinents.—Excepté trois maux violents dans cette période (le scorbut, la suette et la coqueluche), la grande maladie du temps absorba toutes les autres. Toutes entrèrent dans cet océan.—Quand Rabelais dédia son livre à ce genre de malades, c'était le dédier à tout le monde. Hutten adresse l'histoire de sa guérison à son patron, l'archevêque de Mayence.—Charles VIII fut frappé, tout des premiers, à sa descente en Italie. François Ier et Léon X le furent plus tard, comme on sait. Le premier ayant séjourné peu de temps avec sa cour dans la ville de Nantes, le fléau y fut si intense qu'il fallut sur-le-champ y fonder un grand hôpital. (Voir le docteur Guépin.) Ainsi, au moment où l'on ferme les léproseries, s'ouvrent les hospices des vénériens.—L'amiral de Soliman, Barberousse, fit sa cour au roi, ami de son maître, en lui faisant l'hommage d'un remède nouveau, des pilules qui portent son nom. Voir surtout le Recueil des textes (Vesale, Fallope, Cardan, Fracastor, Rondelet, etc.) publié à Venise, 1566 (in-folio), et Gruner, Jena, 1789.
[21]: Je me suis beaucoup servi de sa Vie, par Pic de la Mirandole, et encore plus de ses sermons, qui contiennent beaucoup de faits et d'allusions aux circonstances personnelles. La bibliothèque du Panthéon possède, je crois, tout ce qu'on en a publié. Les protestants les imprimèrent au XVIe siècle. Et au XVIIe le pape Urbain VII légua cinq cents écus pour les réimprimer. Faible et tardive expiation! Comment les protestants ne les ont-ils pas encore traduits? En supprimant des longueurs, des répétitions, ce serait un merveilleux livre.
[22]: La lecture attentive de ses lettres dans les collections de Godefroy, de M. Leglay et de M. Vanderberg, fait voir (ce que les chroniques cachent parfaitement) que Marguerite tient le fil de l'intrigue européenne, et que le centre des affaires est Bruxelles. Voir aussi ses biographes, MM. Leglay, Altmeyer, Baux (pour son église de Brou), etc.
[23]: J'avais écrit ceci d'après l'autorité de M. Nodier. M. Firmin Didot ne s'est point expliqué sur ce point dans son bel et savant article Typographie (Encyclopédie). Consulté par nous, il nous a assuré avoir vu des livres de prières et autres imprimés dans le format in-8o peu après la découverte de l'imprimerie. Cependant il croit qu'en effet l'in-8o n'est devenu d'un usage populaire qu'après 1500, par les publications de Venise et de Bâle. C'est aussi l'opinion de MM. Magnin, Ravenel et Taillandier, excellents juges en cette matière.
[24]: J'ai fait remarquer plus haut que presque tous les écrits, farces, etc., qu'on fit alors contre le pape, ont péri sans laisser de trace.—La publicité restreinte de ce premier essai de polémique religieuse a permis d'en détruire les monuments.—Une collection de la Bibliothèque (Fontanieu, no 158) en donne cinq fort curieux.—Ce sont de petits imprimés avec vignettes, vrais bijoux typographiques, évidemment destinés à être répandus, mais d'un luxe qui, sans doute, ne permettait pas de les rendre très-populaires. C'est la Bataille et trahison de Gênes, la Sommation du Roi aux Phéniciens, et trois brochures de 1511: Lettre du Sénéchal de Normandie à ceux de Rouen, Lettre de Trivulce au Roi, avec l'entrée dans Bologne-la-Grasse, enfin la Prise de Crémone et celle de Brescia.—L'extrême timidité du roi est frappante dans sa lettre à Léon X, 1513. Il proteste qu'il ne veult consentir à mauvaises sectes... Il le prie de songer que la guerre a longue queue, etc. (Collection Fontanieu, ibidem.)
[25]: Elle se développa cependant plus lentement que ne disent Seyssel et les autres panégyristes. Des actes de 1501 font une triste peinture de l'état du Midi, spécialement de l'Agénois, alors désert par suite d'une épidémie. La peste avait tué dix-sept mille personnes à Bordeaux, quoique la meilleure partie de la population eût quitté la ville. Archives, K. 94, Payement des gens envoyés au Parlement pour poursuivre les nobles qui profitent de ces circonstances pour usurper le domaine, 25 février 1501,—et Diminution de péage, 7 juin 1501.
[26]: La sculpture de Michel-Ange n'est pas faite généralement pour avoir un toit au-dessus d'elle. L'exagération des muscles, qui est son défaut, devient un mérite dans ces positions où la lumière absorbe et dévore tout. Élevez son Moïse dans une place, à trente pieds de haut, il impose, il effraye, il écrase.
Un art nouveau viendra que personne n'ose hasarder, la sculpture des colosses au grand jour, a ciel découvert, bravant la lumière, les climats et le temps. Notre grand et illustre maître, David d'Angers, y a songé parfois, par exemple dans le Condé de Versailles, fait pour le pont de la Concorde. M. Rude y a songé dans son sublime Départ de 92, qui est à l'Arc-de-Triomphe. Ni l'un ni l'autre pourtant n'a osé être assez grossier, assez peuple.
Et pourtant ces fortes ébauches, quand elles sont savantes et profondes, comme le Jour, de Michel-Ange, ce n'est pas seulement la sculpture forte, mais c'est la sculpture éternelle.—Un essai unique en ce genre, le Gaulois, de Préault, durera des siècles, lorsque ses voisins du pont d'Iéna auront disparu depuis longtemps. Inutile de dire que cette œuvre hardie a été universellement critiquée. Le public ne veut dans les arts que les procédés de la miniature. Il a comparé ce colosse aux très-fines sculptures qui ornent le pont. Il a trouvé mauvais le cheval primitif de la Gaule chevelue, engorgé encore de l'humidité des marais, des grandes forêts. Il a trouvé étrange que cet hercule barbare, le miles gloriosus de l'antiquité, ne fût pas un lancier du XIXe siècle. Il a regardé de près une figure faite pour être vue du Champ-de-Mars, la plus vaste place du monde, figure en lutte avec un infini d'espace et de lumière.