Les sabbats des sorciers des villes furent souvent nommés ainsi par l'autorité ecclésiastique, lorsqu'ils n'étaient que des cercles de libres-penseurs, de critiques, de hardis moqueurs du clergé. C'est, je crois, le mot réel de la Vaudoiserie d'Arras.
Dans mes extraits du Malleus maleficarum, j'ai eu constamment sous les yeux trois éditions: la première, sans date, qui doit être du XVe siècle, de Paris (venumdatur vico divi Jacobi); la seconde, de Cologne, 1520; et la troisième, de Venise, 1576.
[14]: Pour prendre le vrai point de départ du siècle, il eût fallu d'abord parler de la découverte de l'Amérique. La génération des découvertes fut telle: celle de Gutenberg éclaira Colomb, lui mit en main les textes, surtout la phrase décisive de Roger Racon. L'opinion d'un disciple de Brunelleschi, le mathématicien Toscanelli, ajouta à ces présomptions historiques l'autorité supérieure du calcul, et, pour ainsi dire, coupa le câble qui tenait encore Colomb au rivage.—Colomb ayant prouvé la rotondité de la terre, on en conclut qu'elle devait tourner, comme les phases de deux planètes le faisaient soupçonner, et comme le prouva Copernik, etc.—La découverte de Colomb est le grand fait générateur du temps, celui qui influa le plus à la longue.—Mais les faits initiateurs, ceux qui eurent l'influence la plus immédiate, furent, d'une part, l'expulsion des 800,000 juifs d'Espagne, et la dispersion dans l'Europe de cette population industrieuse et civilisée; d'autre part, les expéditions de Charles VIII et de Louis XII en Italie, la France italianisée, etc.—C'est par ces deux faits que l'histoire générale doit commencer.
Ceci donné à la méthode, il reste à examiner les sources.—Des livres imprimés, nos chroniques sont extraordinairement ou sèches ou romanesques; souvent ce sont des panégyriques écrits par les domestiques des grandes familles. Il n'y a rien à comparer à Machiavel et à Guichardin. Commines, admirable et exquis, doit toutefois être examiné de près et discuté. C'est un vieillard frondeur, qui a tâté de la cage de fer, un conseiller de Louis XI, qui néanmoins s'associe à la réaction féodale contre sa fille.—Ses belles pages démocratiques n'ont pas d'autre sens.—Son procès avec les Thouars est aux Archives (section judiciaire).
Les sources manuscrites sont fort pauvres pour ces trente années (1483-1514).—Les collections de la Bibliothèque, riches pour Louis XI, abondantes pour François Ier, surabondantes et débordantes pour les derniers Valois, sont indigentes pour les règnes de Charles VIII et de Louis XII.—Gaignières ne donne rien ou presque rien. Cela étonne surtout pour Louis XII, qui, dans sa guerre au pape, fut obligé de faire un appel continuel à l'opinion.—Il est infiniment probable que le roi, fort timide, et la reine Anne, fort dévote, ont détruit, autant qu'ils pouvaient, la trace de leurs témérités.—Les Registres du Parlement et ce qui reste des archives de la Chambre des Comptes sont encore la principale source.—Dans les actes judiciaires, on a généralement détruit les papiers des Commissions auxquelles on renvoyait la plupart des procès politiques.
[15]: Comparez les Italiens Paul Jove et Guichardin, les Français la Trémouille, etc., et les deux pièces rarement citées du Voyage littéraire de deux Bénédictins, t. II, p. 184 et p. 379. La diversité d'évaluation peut tenir à ce que les uns comptent l'armée avant le passage des Alpes, les autres à Florence ou à Rome. Même incertitude sur la force réelle de l'armée de Bonaparte en 1796. Selon sa Correspondance, il avait 45,000 hommes contre 76,000; selon ses Mémoires, 30,000 contre 80,000; selon Jomini 42,000 contre 52,000.
[16]: Nos archives possèdent cent trente actes sur le procès d'Olivier le Daim, Coctier et Doyac. Le Parlement procéda contre Olivier avec une violence, disons-le, avec une fureur extraordinaire. Le pauvre diable ne pouvait échapper, ayant contre lui l'évêque de Paris, l'Université, enfin tous ceux qui en voulaient à Louis XI. Son grand crime était d'avoir, par ordre de son maître, emprisonné un greffier et même un conseiller du Parlement. Il ne pouvait se justifier par aucun ordre écrit. Il fut traité avec une extrême barbarie. On lui fit porter un carcan dans son cachot, et un chirurgien fit rapport qu'il était blessé par ses fers. L'arrêt rendu: «Fust mis en délibération si on avertiroit le Roy. Conclu a esté par la cour que le dict arrest sera exécuté sans aucunement en avertir le Roy, veues ses lettres,» etc. Le greffier rapporte qu'il mourut avec fermeté, en montrant la plus grande attention pour faire payer ses moindres dettes. Registres du Parlement, Criminel, reg. 46, 49.
[17]: Il faut lire avec plus de critique qu'on ne l'a fait jusqu'ici le procès-verbal de Masselin, surtout le fameux discours tant cité de Philippe Pot. Le manuscrit le plus ancien qu'ait eu l'éditeur, M. Bernier, est une copie de la fin du XVIe ou du commencement du XVIIe siècle. Si elle a été faite après les États de la Ligue, il y a à parier que cette copie et les suivantes auront été interpolées.
[18]: Les archives du Vatican ne sont pas venues à Paris inutilement; un bureau, créé exprès, en a tiré en peu d'années vingt-cinq cartons d'extraits, grand catalogue détaillé qui donne parfois des pièces entières, souvent de simples titres, souvent aussi des notices bien faites. L'étude très-attentive que nous fîmes de ces cartons aux Archives en 1851, nous a montré qu'ils contenaient la substance d'une curieuse Histoire financière de l'Église. Les pièces d'intérêt politique sont infiniment moins nombreuses, un dixième tout au plus. Mais bien moins nombreuses encore sont les pièces d'intérêt spirituel et ecclésiastique. J'ose dire que celles-ci ne sont pas la dixième partie du dixième. Les finances remplissent tout. Elles sont l'alpha et l'oméga de l'administration romaine. Au total, c'est l'histoire, moins du pontificat ou de la souveraineté que d'une maison de commerce.
Il y a une infinité de curieux détails de mœurs, de piquantes anecdotes. J'y vois que les exactions de Jean XXII avaient réduit l'archevêque de Lyon à la mendicité; il dit qu'il est prêt à abandonner tout revenu pour avoir au moins la vie et l'habit, comme le moindre des moines. Une pièce de 1501 contient force recettes médicales, des discours de médecins, des notices sur les vertus des plantes et des minéraux: s'agit-il de guérir ou d'empoisonner? On se le demande, en songeant que cette pièce est du pontificat d'Alexandre VI, etc., etc. Extraits des Archives du Vatican, cartons 376-378.