Et la peinture récente de Raphaël, la flamboyante épée de saint Pierre et saint Paul qui fait reculer Attila, elle n'a pas fait peur aux soldats de Frondsberg. Des salles de conclave, de concile, ils font écurie. S'ils ont peur, c'est tout au contraire d'habiter ces voûtes païennes, de loger, eux chrétiens, pêle-mêle avec des idoles, dangereuse œuvre du Démon.
N'est-ce pas ce que tant de martyrs du Libre Esprit avaient dit au bûcher contre la Babel du pape?
N'est-ce pas ce que les vrais patriotes italiens (d'Arnoldo de Brescia jusqu'à Machiavel) ont annoncé à l'Italie: qu'elle mettait sa vie dans la mort, et que la mort l'entraînerait?
«Rome a mangé le monde,» disait le vieil adage. Cette fois, le monde a mangé Rome.
Le génie italien, si longtemps captif et malade dans cette fatale fiction d'un faux empire du monde qui annula sa vitalité propre et fit avorter la patrie, le génie italien pourrait remercier cette grande calamité qui le délivre, repousser et nier cette communauté de la mort. Rome est morte; vive l'Italie!
Il n'en est pas ainsi. Ce n'est pas impunément que, toute une longue vie, l'esprit a endossé le corps, traîné cette chair de tentations, de péchés, de souillures. Quand il faut la jeter, et libre, déployer ses ailes, nous hésitons toujours. Telle l'Italie, qui si longtemps vivait dans cette forme, dans cette condition d'existence, fut accablée du coup, et il lui fallut des siècles pour s'en relever.
Voyons comment les deux grands Italiens ont pris la chose. Regardons un moment Michel-Ange et Machiavel.
Tous deux avaient erré. Tous deux, dans les illusions qui entourent des moments si sombres, avaient cherché l'espérance dans le désespoir, cru que l'on pourrait sauver le pays par les Médicis, faire la force avec la bassesse; mais non, il n'en est pas ainsi. Et Dieu punit de telles pensées.
D'abord le pape, qui était Médicis, accepta sa sentence, se mit plus bas encore que ne l'avait mis son malheur, montra que, pour être sorti de captivité, il n'était pas plus libre. Traité outrageusement comme un petit prince italien, il prouva qu'il n'était rien autre chose. Florence lui tenait au cœur bien plus que Rome. Et, pour avoir Florence, il s'humilia devant l'Empereur. Il y fut ramené par le prince d'Orange, le chef des brigands italiens qui, derrière les Barbares, traîtreusement, avaient pillé Rome.
Dans le moment si court de la lutte suprême de Florence, d'une ville contre le monde, ni Machiavel, ni Michel-Ange ne manquèrent à la patrie.