Les protestants venaient mettre aux pieds de François Ier l'éloquent et noble livre que lui dédiait Zwingli: «Vraie et fausse religion.»
Là, puissante était la réforme, ou nulle part, peu théologique, toute morale, une révolution à gagner toute la terre.
Ce Zwingli, paysan intrépide, aumônier d'armée, fort lettré du reste et bon musicien, avait fait les guerres d'Italie, et son admirable cœur s'était révolté à la vue de la démoralisation qu'elles entraînaient avec elles. Il avait pris en horreur l'infâme commerce du sang.
Nommé curé d'Einsiedeln, le fameux pèlerinage du canton de Schwitz, il eut le succès admirable de faire renoncer ce canton à la vente de chair humaine. Tous les pèlerins qui venaient apporter là leur argent, il les renvoyait sans rien recevoir, moralisés, convertis à un culte raisonnable. Grand docteur, meilleur patriote, nature forte et simple, il a montré le type même, le vrai génie de la Suisse, dans sa fière indépendance de l'Italie, de l'Allemagne.
Très-tolérant, il poussa à la guerre contre les catholiques, lorsqu'ils appelèrent l'étranger. Un matin, les montagnards ayant marché vers Zurich, il défendit la patrie sans espoir de la sauver. Blessé, il ne voulut pas de grâce. Son corps fut mis en morceaux. Son ami, Myconius, pour sauver son cœur des outrages, le jeta au courant du Rhin. Le fleuve des anciens héros en reste plus héroïque.
Son langage à François Ier, digne de la Renaissance, établissait la question de l'Église dans sa grandeur. Il y réunit tous les saints, y met Socrate et Caton entre David et saint Paul: «Vos ancêtres y seront aussi,» dit-il au roi (parlant de saint Louis sans doute). Enfin il n'y aura pas un homme de bien, un héros, une âme fidèle, qui y manque. Tous unis en Dieu. Quoi de plus beau, de plus grand?
Bossuet cite ce passage pour en rire. Mais qui a un cœur le retiendra à jamais, et verra toujours le noble concile, la grande, l'universelle Église, telle que Zwingli la voyait assise au Colisée des Alpes.
CHAPITRE XVII
SUITE DE LA RÉFORME EN FRANCE ET EN ANGLETERRE
1526-1535
Au moment même où le roi faisait à sa sœur cette concession très-grave de confier son jeune fils à un docteur récemment condamné et poursuivi, il était déjà travaillé par une influence contraire. Sa mère étant toujours malade, et Duprat ayant baissé, les affaires passaient presque toutes par les mains du seul homme laborieux de la cour, Montmorency, qui avait succédé à la faveur de Bonnivet, et qui fut sans doute aidé contre Marguerite par la nouvelle maîtresse, alors dans la première fleur de sa beauté et de son crédit.