Rien n'indique que le roi n'ait bien vu ni bien compris un but tellement élevé. L'idée, très-probablement, n'appartient qu'à trois personnes: Budé, Jean Du Bellay et la reine de Navarre.

Le roi, blessé en 1521, avait fait le vœu de bâtir une église et un vaste collége, établissement magnifique, mais, par l'édifice et l'emplacement, qui eût été celui de l'hôtel de Nesle en face du Louvre, magnifique par le nombre des écoliers, qui eussent été six cents pensionnaires et des enfants de quinze ans. Il fallut beaucoup de temps pour que Budé, son bibliothécaire, lui transformât son idée et relevât jusqu'à celle d'une haute école publique, libre, grande par la science.

Heureusement, François Ier, qui avait longtemps rêvé de croisade, de Constantinople, etc., aimait le grec, qu'il ne savait point, et voulait l'introduire en France. Il aimait la longue barbe du bon vieux Jean Lascaris, quasi-centenaire, qui avait enseigné déjà à Paris sous Louis XI. Mais le grec, pour la Sorbonne, c'était déjà une hérésie. Budé écrit à Rabelais l'obstacle invincible que mettaient les théologiens à l'enseignement de la langue d'Homère.

On profita en 1529 de l'irritation de François Ier contre la Sorbonne. À ce moment où, rassuré par le traité de Cambrai, il se mit à bâtir de tous côtés, Budé obtint, non pas qu'il bâtît le Collége de France, mais qu'il fondât seulement deux chaires (de grec et d'hébreu). En attendant que ce collége eût sa maison à lui, on professa modestement dans un petit collége universitaire. La nouvelle école enseigna d'abord chez ses ennemis.

Les chaires, en 1530, furent portées de deux à cinq.

Deux de grec furent données à Toussain, ami d'Érasme, et à Danès, noble de Paris; deux d'hébreu à deux réfugiés italiens, juifs convertis de Venise, que protégeait Marguerite. L'un d'eux eut pour successeur le savant français Vatable.

Mais ce qui fut admirable, comme première porte ouverte à l'enseignement encyclopédique, c'est qu'aux chaires de langues sacrées on en joignit une de mathématiques. On pouvait prévoir que peu à peu toutes les sciences forceraient l'entrée, se feraient place, formeraient par leur réunion l'école universelle de la libre critique et de la rénovation de l'esprit humain.

La médecine y professe dès 1542, avec la philosophie. Au latin, enseigné dès 1534, se joignent l'arabe et le syriaque, le droit, etc.

Glorieuse école qui attend encore son histoire. Elle rompit la dernière chaîne qui attachait l'homme au passé, quand Ramus en immola la plus respectable idole, Aristote, et scella la révolution de son sang.

Elle a eu deux gloires immenses, enseignant surtout deux choses, l'Orient et la nature.