L'équilibre européen qu'on voit ici bien à tort ne fit rien pour lui dans les deux crises suprêmes de 1536 et 1544. La France se sauva seule.
Revenons.
Il suffit, pour attraper un enfant, de lui montrer une pomme. À ce grand enfant, le pape montrait le duché de Milan.
Le duc de Milan, malade, sans postérité, négociait aussi secrètement avec lui contre son tyran, l'Empereur, et pourtant priait l'Empereur de lui faire épouser sa nièce.
Sur ces amorces, le roi envoie à Milan un italien francisé, Maraviglia ou Merveille, un sot étourdi, glorieux, qui négocie à grand bruit, menace les impériaux. Ses gens, grands bretteurs, les défient. Riposte, les épées tirées; un Espagnol est tué. Que fait le duc de Milan? Effrayé de voir tout connu, il perd la tête, fait prendre l'agent de François 1er, et, pour regagner l'Empereur, le décapite la même nuit (7 juillet 1533). L'Empereur immédiatement donne sa nièce à Sforza.
Le roi reconnut ce jour-là sa situation, son isolement, le mépris qu'on faisait de lui.
Ce coup de fouet le réveilla, mais pour le précipiter plus avant dans sa sottise. Il s'unit d'autant plus au pape, prend sa nièce pour un de ses fils. Le pape, libéralement, donne en dot Parme et Plaisance, terre papale, que nous n'eûmes point, Pise et Livourne, que son cousin Médicis n'avait nulle envie de livrer; enfin des mots et du vent. L'affaire est caractérisée par l'aveu du roi: «Nous avons pris une fille toute nue.» La dot réelle était l'alliance du pape. Belle et solide avec un vieux pontife malade qui va mourir demain!
Le roi fit brusquement la chose à Marseille; le mariage bâclé, consommé, il revint avec cette nièce (Catherine de Médicis), plus une patente du pape pour brûler les luthériens. Les Anglais lui firent honte d'avoir humilié sa couronne, de s'être fait le lieutenant de la police papale et le sbire de l'évêque de Rome.
Ce voyage, cette intimité avec le pontife, avait produit son effet naturel à Paris. L'Université, que le Parlement même conseillait de réformer, loin de subir cette réforme, devint tout à coup agressive. Elle s'en prit violemment à la sœur du roi, qu'il avait laissée à Paris. On la frappa dans son aumônier, le doux et mystique Roussel, qui prêchait au Louvre. On la frappa en elle-même, en son livre, le Miroir de l'âme pécheresse, rêverie tendre et monotone, qui n'était pas plus protestante qu'une foule d'autres livres mystiques.
Les protestants, du reste, comme les catholiques, hardis de l'absence du roi, essayaient d'agir. Profitant de la réforme qu'on faisait dans l'Université, ils avaient réussi à faire porter au rectorat un des leurs, ami de Calvin. Il s'avoua protestant. Le Parlement le poursuivit. Il s'enfuit en Suisse, Calvin en Saintonge, où il se cacha, protégé par la reine de Navarre.