C'est sur elle que tout retomba. Les moines répandirent dans les chaires un mot, du reste vraisemblable: Que, le roi jurant au pape qu'il voudrait chasser tous les luthériens, Montmorency aurait dit: «Commencez donc par votre sœur.»
Après la chaire, le théâtre. Ils firent jouer sur les tréteaux par la bande des Cappets, cette furie, cette Hérodiade. On proposait de la mettre dans un sac et de la jeter à la Seine.
Le roi, au retour, ne put se dispenser de commencer une enquête. Il emprisonna Béda. Les Du Bellay, qui parvinrent, par adresse et par argent, à faire agir les protestants d'Allemagne contre la maison d'Autriche, se trouvèrent forts auprès du roi. Jean du Bellay obtint de lui qu'il appellerait Mélanchthon à Paris pour conférer sur la réunion des deux Églises. S'il venait, il était possible que son insinuation, sa douceur, son charme, gagnassent un esprit aussi mobile que celui du roi.
Une histoire fort scandaleuse eût aidé à noyer les moines. Les cordeliers d'Orléans venaient d'être pris pour une farce sacrilége. La femme du prévôt de cette ville étant morte sans leur faire de legs, ils voulurent faire croire qu'elle était damnée. Comment en douter? Aux heures de matines, son âme plaintive errait, gémissait dans les voûtes de l'église. Les cordeliers déclarèrent qu'ils n'y feraient plus l'office. À grand bruit, ils emportèrent le saint sacrement, les reliques. Cela n'allait pas moins qu'à faire déterrer la damnée et la jeter à la voirie. Malheureusement le prévôt obtint un ordre du roi pour fouiller l'église, malgré les priviléges ecclésiastiques. Il trouva, empoigna l'âme, qui était un jeune novice. Tous furent amenés à Paris, jugés, condamnés à l'amende honorable.
Le parti était bien malade. Un événement imprévu le sauva, comme en 1528.
En juin 1534, comme on parlait beaucoup des insurgés d'Allemagne, des anabaptistes de Munster et de leur polygamie, on prit à Paris, on brûla un moine marié, qu'on dit polygame, voulant le confondre avec les anabaptistes, le donner pour un précurseur de leurs jacqueries fanatiques.
Le 18 octobre de la même année, le roi, alors à Blois, se levant le matin et sortant de sa chambre, voit sur sa porte même un placard contre la messe, comme ceux que les protestants avaient déjà affichés. Il fut hors de lui, pâlit de tant d'audace, d'un si direct affront à la majesté royale.
Ces doctrines, qui venaient de faire une république à Munster, de chasser le prince-évêque, puis d'y faire le roi tailleur, le fameux Jean de Leyde, l'épouvantèrent. On lui montra le spectre de l'anabaptisme. On lui fit croire que ces prétendus anabaptistes de Paris voulaient faire un massacre général des catholiques, brûler le Louvre, etc. L'ambassadeur d'Espagne l'écrit comme chose sûre à Madrid.
Rien de plus saint, de plus pur, que les origines du protestantisme français. Rien de plus éloigné de la sanglante orgie de Munster.
Le premier martyr parisien fut un jeune ouvrier d'une vie tout édifiante. Il était paralytique, et on le prit dans son lit. Celui-là, à coup sûr, n'avait pas été à Blois.