Il avait été d'abord un garçon leste et ingambe, vif, farceur, véritable enfant de Paris. Frappé par un accident, il n'en était pas moins resté un grand rieur. Assis devant la porte de son père, qui était un cordonnier, il se moquait des passants. Un homme dont il riait approche et dit avec douceur: «Mon ami, si Dieu a courbé ton corps, c'est pour redresser ton âme.» Il lui donne un Évangile. Étonné, il prend, lit, relit, devient un autre homme. Son infirmité augmentant, il resta six ans dans son lit, gagnant sa vie à enseigner l'écriture ou à graver sur des armes de prix, ce qui le mettait à même de donner aux pauvres et de les gagner à l'Évangile.

Sur son martyre, nous ne suivrons pas les récits protestants de Bèze, Crespin, etc. Nous préférons le récit plus ancien d'un fort zélé catholique, le Bourgeois de Paris (publié en 1854). Il trouve ces horreurs admirables, en donne tout le détail, en accuse beaucoup plus que n'avaient dit les protestants.

Pendant six mois, de novembre en juin, continuèrent dans Paris les sacrifices humains.

«Audict an 1534, 10 novembre, furent condamnés sept personnes à faire amende honorable en un tombereau, tenant une torche ardente, et à être brûlées vives. Le premier desquels fut Barthélemy Mollon, fils d'un cordonnier, impotent, qui avoit lesdicts placards. Et pour ce, fut brûlé tout vif au cimetière Saint-Jean.—Le second fut Jean Du Bourg, riche drapier, demeurant rue Saint-Denis, à l'enseigne du Cheval noir. Il avoit lui-même affiché de ses écriteaux. Il fut mené faire amende honorable devant Notre-Dame, et de là aux Innocents, où il eut le poing coupé, puis aux Halles, où il fut brûlé tout vif, pour n'avoir pas voulu accuser ses compagnons.—Le troisième, un imprimeur de la rue saint-Jacques, pour avoir imprimé les livres de Luther. Brûlé vif à la place Maubert.—Le 18 novembre, un maçon, brûlé vif rue Saint-Antoine.—Le 19, un libraire de la place Maubert, qui avoit vendu Luther, brûlé sur ladite place.—Un graînier aussi et un couturier demeurant près Sainte-Avoye. Mais pour ce qu'ils en accusèrent et promirent d'en accuser d'autres, la cour les garda.

«Le 4 décembre, un jeune serviteur brûlé vif au Temple. Le 5, un jeune enlumineur brûlé au pont Saint-Michel. Le 7, un jeune bonnetier fut, devant le Palais, battu nud au cul de la charrette, et fit amende honorable.

«Le 21 janvier, trois luthériens (dont le receveur de Nantes) brûlés rue Saint-Honoré, et un clerc du Châtelet; un fruitier devant Notre-Dame. Le 22, la femme d'un cordonnier près Saint-Séverin, lequel étoit maître d'école et mangeoit de la chair le vendredi et le samedi.

«Le 16 février, un riche marchand, de cinquante à soixante ans, estimé homme de bien, brûlé au cimetière Saint-Jean.

«Le 19, un orfèvre et un peintre du pont Saint-Michel, battus de verges.—Le 26, un jeune mercier italien, et un jeune écolier de Grenoble, furent brûlés; l'écolier, pour avoir affiché la nuit des écriteaux (par ordre d'un maître de l'Université, chez qui il demeurait).

«Le 3 mars, un chantre de la chapelle du roi, qui avoit attaché au château d'Amboise, où étoit le roi, quelques écriteaux, fut brûlé à Saint-Germain-l'Auxerrois.

«Le 5 mai, un procureur et un couturier furent trainés sur une claie au parvis Notre-Dame, et menés au Marché aux pourceaux, pendus à chaînes de fer, et ainsi brûlés... Et de même, un cordonnier au carrefour du Puys-Sainte-Geneviève, qui mourut misérablement sans soi repentir.