Comme Basque et comme Espagnol, Ignace avait un point de départ dans sa galanterie exaltée pour sa dame (la sainte Vierge). Un jour qu'il faisait voyage dans les montagnes d'Aragon, il rencontre un Maure, et ne manque pas d'essayer de le convertir à l'immaculée virginité. Mais le Maure porte une botte logique: il cède pour la conception et nie pour l'accouchement. Ignace ne sait que répondre. Il est comme cloué à la terre et laisse l'autre prendre les devants. Pais il dit: «Le poignarderai-je?» Il remit la décision à sa mule, qui, heureusement, choisit un autre chemin.

C'est dès lors qu'il se mit à forger les armes spirituelles pour combattre l'esprit d'examen et pour poignarder la raison. Le plus dur, le plus difficile, est souvent de la vaincre en soi. Il n'y parvint que par un appel très-persévérant à l'illuminisme, pour lequel sa nature militaire ne semblait pas faite. Cependant, avec le jeûne, quelques privations de sommeil, une Chambre sans lumière, telle peinture atroce et baroque, on arrive à troubler l'imagination et suppléer le fanatisme.

La première génération construisit la mécanique et la popularisa. La seconde, dépravée d'esprit, faussée, et dévoyée déjà, s'en arma pour la guerre sacrée; ce sont les temps d'Henri II. La troisième, sous Charles IX, en tira la Saint-Barthélemy.

Notez qu'au moment même où Loyola organise en Espagne ses premiers soldats de Jésus (1525 au plus tard), un franciscain italien, sur une révélation divine, réforme son ordre, revenant aux capuchons étroits, pointus, capuccini, que les papes avaient tant persécutés. L'ostentation de pauvreté, jadis punie par le saint-siége, va le servir utilement dans ces moines, faux mendiants, prêcheurs, aboyeurs de foires, crieurs populaires et populaciers, pieux bateleurs, bouffons dévots. Ils amusent, font rire les foules, qui croient entendre une farce, et se trouvent, par surprise, avoir attrapé un sermon.

Tout cela se fait d'abord sans Rome, hors de son action. La réaction pontificale ne commence qu'à l'avènement du Romain Farnèse, Paul III (1534). C'était un vieillard énergique, d'une tête forte et active. Il passait pour peu scrupuleux (on lui imputait un faux). Il avait cinq bâtards qu'il voulait faire princes. Mais il comprit que sa famille ne trouverait sa grandeur que par la grandeur de l'Église, et, avant tout, il travailla à relever Rome.

Il était temps. Elle avait perdu la moitié de l'Europe, et elle allait perdre l'Italie. Un rapport des inquisiteurs annonçait «qu'il y avait trois mille instituteurs italiens dans les nouvelles opinions.»

Le premier acte de Paul III montrait sa parfaite indifférence en matière de religion. D'une part, il offrit le chapeau à Érasme, défenseur du libre arbitre. D'autre part, il fit cardinal le Vénitien Contarini, connu pour très-prononcé dans la doctrine contraire, la justification par la foi.

Contarini, si rapproché des croyances luthériennes, n'était pas seulement un théologien, mais un habile politique. Paul III l'envoya aux protestants d'Allemagne. Voulait-il les regagner ou les amuser seulement, les diviser, les affaiblir, avant d'employer la force et l'épée des Espagnols? Ce qui me ferait adopter la dernière opinion, c'est qu'en donnant pouvoir à Contarini il ajoute cette réserve fallacieuse: «Voyez si les protestants s'accordent avec nous sur les principes, la primauté du saint-siége, les sacrements, et quelques autres choses.» Mais quelles choses? Il dit vaguement: «Choses approuvées de l'Écriture et dans l'usage de l'Église, lesquelles vous connaissez bien.»

L'idée réelle de Rome avait été plus franchement communiquée à Charles-Quint, dès 1530, par le violent légat Campeggi. Dans le mémoire qu'il remit à l'Empereur de la part des cardinaux, il ne s'amuse pas à la controverse. Il demande tout d'abord l'emploi de la force; il faut, dit-il:

1o L'alliance de l'Empereur avec les princes bien pensants contre l'hérésie;