Savez-vous qu'à ce moment même, en 1535, une machine immense de réaction fanatique travaille et le peuple et les cours? Ce roi, qui s'amuse du livre, ce roi que vous croyez tenir, il va vous échapper. Il cédera, sans s'en apercevoir, au grand mouvement, mêlé d'intrigue religieuse et de passion populaire.
Rabelais, dans son mépris pour la pouillerie cléricale, pour Montaigu et les Bédistes, pour ces écoles de sottise dont le vieux Paris grouille encore, a bien vu Janotus, mais il n'a pas vu Loyola.
CHAPITRE XX
ROME ET LES JÉSUITES—INVASION DE LA PROVENCE—FRANÇOIS Ier CÈDE À LA RÉACTION
1535-1538
Le duel des deux croyances s'est combattu principalement par deux armes et deux moyens.
La machine catholique, celle des Exercitia, par laquelle Loyola se transforma lui-même à sa conversion (1521), lui servit peu après à former et discipliner les petites bandes des premiers jésuites.
Tout cela encore en Espagne. Il écrivit son livre avant de partir pour Jérusalem, de sorte que de bonne heure ce livre courut les couvents et la société dévote.
La grande force calviniste, celle des psaumes français de Marot, ne paraît qu'en 1543.
Ainsi le mouvement espagnol eut sur le mouvement génevois une grande priorité.
La difficulté du combat pouvait être celle-ci. Pour bien commencer la guerre, le temps était trop raisonnable, les opinions trop vieilles, les esprits blasés. Les insultes faites aux images émurent, il est vrai, le peuple; les exécutions l'enivrèrent. Mais on ne serait pas venu à bout de lui faire prendre les armes si une génération spéciale n'eût été soigneusement dévoyée et déraillée du bon sens par l'art qu'un auteur appelle la mécanique de l'enthousiasme.